Quel type d'entreprise doit éviter d'impartir ses TI?

Desjardins avait confié un important mandat d’impartition au Groupe CGI en 2001 d’une valeur de 1,2 milliard $ sur 10 ans. Le contrat vient à échéance en 2011, mais exigeait un préavis de non-renouvellement d’au moins 18 mois. C’est pour cette raison que l’intention de Desjardins de ne pas le reconduire a été rendue publique. Ce n’est pas clair si Desjardins veut reconduire une telle entente avec un autre fournisseur ou si elle préfère rapatrier ses fonctions de TIC à l’interne. Les mois à venir vont nous l’apprendre.

Les TI au coeur de ses opérations

En ce qui concerne Desjardins, je n’ai jamais compris pourquoi une institution financière décide d’impartir son département TI à l’externe. À ce que je sache, une compagnie financière à notre époque opère essentiellement grâce à l’informatique.

Pour une institution financière comme Desjardins, le service aux clients est essentiellement numérique. Les guichets automatiques communiquent avec des serveurs centraux qui gèrent la solde et les avoirs des clients. Le point de service web AccesD offre des transactions informatiques directement à la clientèle. En ce sens, Desjardins est réellement une boîte informatique.

Si une institution financière n’était pas informatisée, j’aurais de sérieuses craintes à lui confier mes économies. Je vérifierais les relevés mensuels deux fois plutôt qu’une!

Impartir son savoir en TI pour une entreprise comme celle-ci, c’est déléguer le coeur de ses opérations à un tiers.

Les TI en appui aux opérations

J’ai personnellement travaillé 2 ans sur un contrat d’impartition semblable à CGI pour Bombardier Aéronautique entre les années 2004 à 2006. Je m’occupais davantage de desservir l’usine de Toronto (anciennement De Havilland), celle qui produisait les fameux turbopropulseurs Dash 8. J’ai même participé au début de ce contrat où plusieurs collègues participèrent au transfert de connaissances sous tension avec les ressources en place depuis des dizaines d’années.

Dans le cas de Bombardier, la mission de l’entreprise était de livrer des avions à ses clients. Je ne doute pas que l’informatique eût un apport important dans la gestion de cette compagnie, mais le produit final livré à la clientèle est complètement indépendant des TI internes.

L’impartition c’est profitable pour qui alors?

Posez-vous la question suivante :

Est-ce que vos employés peuvent éteindre leur poste de travail toute la journée et être minimalement productifs?

Si vous avez répondu oui, vous devriez considérer l’impartition. L’informatique chez vous sert à appuyer les opérations.

Si vous avez répondu non, les processus de votre entreprise sont essentiellement informatisés. Vous êtes une boîte en informatique. Acceptez-le. :-)

5 réflexions au sujet de « Quel type d'entreprise doit éviter d'impartir ses TI? »

  1. Bien d’accord !
    L’impartition en bloc de la fonction TI d’une organisation est souvent remis en question. Trop souvent, il en résulte un fracture entre les objectifs de l’organisation et la capacité de les mettre en vie au niveau TI.

    C’est encore plus vrai pour les organisations de services (banques, assurances, services publics).

    Une impartition ciblée est plus efficace et laisse l’agilité requise pour faire face aux défits organisationnels et d’affaires.

  2. C’est absolument vrai que l’entreprise devient amputée dans l’atteinte de ses objectifs stratégiques. Une synergie entière et bidirectionnelle est nécessaire entre les TI et la direction de l’entreprise pour améliorer continuellement les manières de faire. Si cette relation devient celle d’un client et son fournisseur, il y a des interférences dans ce canal de communications.

  3. Salut,

    Bon, Révolution Linux est un « mêchant impartiteur » mais je vais quand même expliquer notre point de vue.

    La méthode que tu proposes me semble inutilisable : si les ordinateurs ne sont pas essentiels aujourd’hui à une organisation alors ils le seront demain. L’informatique est indispensable pour une grande majorité des organisations dès aujourd’hui, en tout cas à toutes celles qui se demande si l’impartition informatique est pour elles ;-)

    J’ai une approche « partielle » à l’impartition donc on peut débattre si oui ou non c’est de l’impartition, je préfère personellement le terme « co-gestion », suggéré par un de nos clients, beaucoup plus positif et proche de mes valeurs.

    Je cherche toujours à rattacher la co-gestion à la notion de « core business » : est-ce que toute l’informatique est ton « core business ». Est-ce qu’une partie seulement de l’informatique est ton coeur de métier (ex; tu développes tes propres logiciels, tu intègre un paquet d’outils pour faire ta solution, etc.) ? Alors tu ne peux pas impartir cette partie de ton informatique mais … le reste oui.

    L’exemple que tu prend, l’impartition de la gestion et de l’opération des postes de travail est un bon exemple : ce n’est le coeur de métier de personne (à part les éditeurs de solutions de gestion de poste de travail!) donc c’est une activité qui peut très bien être confiée à l’externe.

    Nous travaillons avec de nombreuses compagnies qui font du développement logiciel, nous nous occupons de la plate-forme, de l’OS, des machines, des postes de travail, etc. mais pas de leur coeur de métier. Nous sommes l’exploitation de ces clients et nous fournissons une grande valeur ajoutée car nous gérons plus de 500 serveurs et avons développé une expertise et une approche qu’une plus petite équipe aura bien du mal à égaler.

    Enfin, en faisant de la co-gestion, cela implique de mettre en place des processus documentés de développement, tests, mise en production, documentation, etc. ce qu’un développeur/créateur ne fera en général pas. Ceci permet de ne plus dépendre d’un seul individu dans l’organisation mais bel et bien de bâtir une réelle base de connaissance.

    Pas plus tard que tout à l’heure, je rencontrais une compagnie intéressée par l’impartition pour une raison bien simple : leur équipe informatique, originellement des développeurs d’applications, se font « bouffer » par les tâches sans valeur ajouter pour l’organisation soit la maintenance du parc informatique (clients, serveurs, black-berry, iphone, helpdesk, etc.).

    Pour finir, je dirais que l’exploitation est un métier différent du design et du développement de solution informatique. L’exploitation est nécessaire à toutes les organisations mais étant donné la complexité des systèmes et des réseaux s’entourer d’experts dans ce domaine est souvent un atout pour les organisations qui font ce choix : cela leur permet de focaliser sur leur coeur de métier tout en contrôlant les coûts associés à leurs opérations.

  4. Merci de commenter M. des Ligneris, mais d’insinuer que je faisais le procès de l’impartition informatique en entier est entièrement faux. La première phrase de votre commentaire me fait douter que vous ayez lu tout mon billet.

    Vous semblez spécialisé dans la gestion des postes de travail des employés de l’organisation. Je n’ai pas touché du tout à cet aspect dans mon billet.

    Je parle des systèmes informatiques qui rendent des services directement à clientèle de l’entreprise. Si la maintenance de ces systèmes est confiée à un tiers, c’est aussi une dépossession du contrôle de ses processus d’affaires quant au service à la clientèle.

  5. En fait, nous sommes plutôt spécialisés dans la gestion des serveurs [linux] et les terminaux [donc encore des serveurs!] plutôt que dans les postes de travail en tant que tel. L’exemple que je prenais était donc assez général afin de pouvoir bien imager le processus.

    Le cas que tu mentionnes de Bombardier intéressant et je vais faire un parallèle avec EADS qui a perdu des milliards d’euros à cause de retards sur la livraison du A380 pour des raisons … informatiques (voir par exemple ici : http://www.senat.fr/rap/r06-351/r06-3518.html). En gros, il a fallu refaire et repenser 530km de cablage sur des appareils … déjà assemblés car des sous-traitants de EADS ne se sont pas entendus sur le logiciel à utiliser.

    Donc pour Bombardier comme pour toute entreprise qui utilise des ordinateurs pour ses opérations (et donc qui se pose la question de l’impartition informatique), je pense être en mesure de démontrer … qu’ils sont critiques et ce même si les gestionnaires n’en sont pas forcément conscients.

    Mon commentaire visait donc à démontrer que, de plus en plus, les ordinateurs sont à considérer comme « mission critique » par toutes les organisations et je n’étais donc pas sur que le critère proposé dans ce billet soit très discriminant.

    Je proposais plus d’utiliser la notion de « coeur de métier » plutôt que de criticité pour cette raison.

    Dans le cas de Desjardins, c’est assez difficile car ils font tout de même beaucoup de chose et je connais peu le monde financier. Les applications reliées à leur coeur de métier en informatique sont les outils transactionnels Web, les ordinateurs centraux et les logiciels développés pour gérer cela.

    La gestion des postes de travail, la gestion et l’opération du site Web public, les différents couches réseau, etc. sont certes essentielles mais elles pourraient être imparties suivant le critère que j’énonce ici.

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