Dossier Santé Québec : l'informatique distincte

On apprend après des mois de rumeurs que le projet de dossier de santé électronique coûtera 900 millions de plus que les 563 millions prévus au départ en 2006. Le vérificateur général a publié un rapport sur l’état de ce projet qu’il qualifie d’échec. Malgré que je n’ai pas travaillé directement sur ce projet, plusieurs confrères informaticiens qui ont oeuvré dessus m’ont confié la volonté de réinventer la roue dès le départ. C’est justement ce qui est révélé dans cet article :

Interrogé sur le DSQ en point de presse, M. Lachance a expliqué que, après quatre ans de travail, le ministère de la Santé avait carrément changé de cap. Au lieu de créer une base de données unique qui pourrait être consultée partout au Québec, on s’est rabattu sur la solution qu’avaient choisie toutes les autres provinces, l’arrimage des systèmes qui existaient déjà.

via Denis Lessard de la Presse.

Semble-t-il on a voulu mettre de côté les standards qui sont adoptés à l’échelle internationale pour faire une solution pour notre société distincte. Pourtant, c’est complètement à contre-courant cette façon de faire en TI. Ça va à l’encontre des bonnes pratiques.

Il y a quelques années, c’était les progiciels qui ont amené une vague de standardisation dans le but de réduire les coûts en développement de système neuf. Toutefois, j’avoue que ça n’a pas toujours fonctionné parfaitement. Présentement, on voit la vague des logiciels en ligne (SaaS) où on n’a pas à défrayer pour leur implantation et leur déploiement. Le gouvernement américain a déjà commencé à utiliser des solutions comme Salesforce pour les centres d’appels de certains services. J’ai appris que la solution en ligne de recrutement de Taleo sera utilisée à la nouvelle Agence du revenu du Québec. C’est un pas dans la bonne direction pour mieux contrôler les risques et les coûts.

On n’est pas si différents

Cessons de penser qu’on est différents du reste de la planète. Oui on parle le français différemment de nos cousins à l’autre côté de l’Atlantique et oui, on mange de la poutine. Mais, des systèmes de santé sont semblables à travers le monde.

Manque de direction politique en TI

Arrêtez de confier uniquement aux technocrates les orientations technologiques de l’État. Ce patrimoine numérique (superbe expression propulsée par Cyrille Béraud lors des audiences pour le projet de loi 133) est stratégique dans la réduction de coût et la modernisation de la reddition des services aux citoyens. Toutefois, un député m’avait déjà confié que les technologies c’était l’affaire des fonctionnaires. Si on continue comme ça, la classe politique devra toujours se défendre après des fiascos comme celui-ci.

Ce projet demandait une direction politique claire et ferme. De ce que j’ai compris, les administrateurs de quelques gros centres locaux de santé au Québec se sont imposés au cours du projet. Ceci aurait allongé l’échéancier et aurait du même coup personnalisé davantage la solution finale. La direction du projet aurait dû avoir autorité sur les centres de santé et les hôpitaux du réseau. Les projets importants auxquels j’ai participé et qui ont été un succès étaient dirigés avec aplomb et constance. Le promoteur du projet, en l’occurrence le ministre de la Santé, aurait dû exercer une autorité sur le réseau de la santé jusqu’à écarter les éléments troubles dans la réalisation du projet.

Je réitère ce que je martèle depuis des mois (ici et ici), les TI doivent faire leur entrée dans l’espace politique. Ils doivent y être au moment de leur planification et non seulement quand ils deviennent des scandales médiatiques. Le gouvernement du Québec devrait aller dans le sens des autres gouvernements dans le monde et nommer un responsable politique uniquement pour les technologies de l’information. À 2,5 milliards par année, j’estime que ce poste budgétaire mérite cette attention.

Retour sur le 2e CloudCamp Québec

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Le second CloudCamp s’est déroulé mercredi 20 avril dernier. Malgré qu’il réunissait moins de participants que le premier, la qualité des présentations et des échanges ont largement compensé.

Philippe Cantin a décrit l’infrastructure du cloud privé qu’il s’affaire à mettre en place avec ses collègues chez Ubisoft. Lors du developpement d’un jeu, le producteur (chargé de projet) a besoin de ressources matérielles informatiques en quantité mais souvent pour une durée limitée pour la compilation et les essais. Le service TI d’Ubisoft Québec pourra donc offrir des machines virtuelles temporairement pour un coût beaucoup plus intéressant comparé à l’acquisition de matériel informatique. Ils ont choisi la technologie libre Eucalyptus installée sur du Linux CentOS. Les échanges entre les participants ont amené un consensus qu’un Cloud privé est intéressant quand on a géré des besoins périodiques et irréguliers. C’est les premiers à Québec à tenter l’aventure à ma connaissance.

Marc Hughes, V-P Technologies de Taleo, a prit la parole pour présenter le modèle de déploiement de leurs solutions. Pour les clients PME, l’entreprise les hébergent sur une infrastructure mutualisée comme la plupart des SaaS. Pour les gros comptes, Taleo dédie à chaque client un parc de serveurs d’applications pour assurer un service de qualité défini dans des ententes SLA. La couche des bases de données SQL est toujours entièrement partagée. On a conclu suite à des échanges que le modèle cloud SaaS est viable quand les clients ont des tailles similaires pour qu’ils n’impactent pas individuellement la charge sur l’infrastructure.

Daniel Bulota, également de Taleo, nous a appris en primeur que la nouvelle Agence du Revenu du Québec fera appel à leur solution de recrutement en ligne. Leur sortie de la fonction publique leur permet de ne plus dépendre du Conseil du Trésor à ce niveau. Le gouvernement a approuvé l’hébergement de cette solution sur le nuage et les données seront hébergées aux Pays Bas. Ce pays a des lois encore plus strictes que le Canada en ce qui concerne la vie privée.

Marc-Antoine Ruel de Google a présenté App Engine qui permet d’héberger des applications Python et Java sur le nuage. On a discuté des particularités à tenir compte quand programme stateless dans les environnements Cloud et en load-balancing.

Je tiens à remercier tous les participants pour avoir fait cet édition un succès! On se donne rendez-vous dans 6 mois.

Le tableau de bord TI du gouvernement Obama

L’administration Obama semble avoir une longueur à l’avance sur la gouvernance et la transparence des projets informatiques gouvernementaux. Ils offrent aux citoyens un site web qui détaille tous les chantiers majeurs en cours en technologies de l’information. Le IT Dashboard permet de naviguer d’un projet à l’autre pour savoir le but du projet et connaître sa santé financière. Le président Obama a aussi nommé un Chief Information Officer (CIO) responsable de tous les dossiers informatiques du gouvernement. Un poste qu’on voit dans toutes les grandes compagnies privées.

Voici une vidéo des explications de Vivek Kundra sur les actions de son gouvernement sur le contrôle des dépenses en technologies. Inspirant, n’est-ce pas?

Vivek Kundra a livré aussi cette présentation l’an passé sur les initiatives informatiques dans le nuage. C’est très intéressant de voir comment chaque agence gouvernementale se concentre à livrer de meilleurs services à la population au lieu de se concentrer sur l’hébergement et l’achat d’équipement informatique.

Un premier OpenCamp à Québec en février 2011

J’ai le plaisir de participer à un premier OpenCamp à Québec qui aura lieu le 16 février 2011 dans les locaux de l’ENAP sur le boulevard Charest. Organisé par Patrice CaronLuc VaillancourtYann Sadok, et François Belleau, ce camp vise à couvrir les concepts et la philosophie d’ouverture qui peut s’appliquer dans le milieu des affaires et dans les TI.

On n’a qu’à penser rapidement aux logiciels libres, à l’agilité dans la gestion de projet, le gouvernement ouvert, les données ouvertes et l’interopérabilité. Sachez que la philosophie qui alimente ces phénomènes est commune. On peut les englober ces derniers dans l’innovation ouverte (« open innovation »).

Les logiciels libres sont maintenus par des collaborateurs bénévoles à travers le monde. Ils évoluent grâce à l’esprit innovant de ses différents créateurs.

Les concepts agiles dans la gestion de projet demandent plus d’implication et de responsabilisation des membres d’une équipe et de la part du client. Aussi, l’innovation en cours de projet est fortement encouragée pour arriver à des résultats extraordinaires.

Le gouvernement ouvert est un concept qui m’est cher et rend davantage l’appareil gouvernemental au service des citoyens. La transparence devient le mot d’ordre et l’état devient un lever à l’innovation de la population.

Les données ouvertes sont la publication automatique des données non nominatives détenues par des services gouvernementaux, municipaux et parfois privés. Ces données rendues disponibles sans barrières sur le web permettent à des programmeurs de bâtir sur ces dernières des applications originales pour les revaloriser autrement.

Ces concepts me sont chers et j’ai décidé d’appuyer financièrement l’événement en le commanditant.

J’ai proposé un sujet assez philosophique lors de mon inscription. J’aimerais amener une discussion sur le concept de « Government as a platform » proposé par Tim O’Reilly dans son livre « Open Government ». J’ai effleuré le sujet dans deux billets récents critiquant les décisions prises par le RTC et Transport Québec (service 511). L’idée derrière ça est que le gouvernement n’a qu’un rôle de facilitateur à l’innovation en mettant ses services informatiques au service de l’industrie et des citoyens. C’est inspiré des autres services que l’état offre déjà pour favoriser l’économie telle que les routes, aéroports, subventions, infrastructures, etc. L’état devrait soutenir en arrière-plan l’économie numérique et éviter d’être un joueur d’avant-plan.