Le gouvernement du Québec et nos élus prendront-t-ils les technologies au sérieux?

La présidente du Conseil du Trésor a présenté un projet de loi pour améliorer la gouvernance des projets informatiques au gouvernement du Québec. Aussi, ce projet ouvre grand la porte aux logiciels libres au sein de la fonction publique. C’est le virage que plusieurs dans l’industrie attendaient depuis longtemps. C’était le temps de voir ce poste budgétaire colossal rentrer dans l’espace politique.

La gouvernance des projets informatiques éléphantesques

Ce volet du projet loi sert à corriger le tir dans la gestion des mégas-chantiers en informatique au gouvernement. La quasi-totalité (sinon la totalité) des projets de plus de 5 millions dépasse largement leurs budgets initiaux. La ministre a parlé de rapatrier l’expertise au gouvernement et d’effectuer davantage la gestion de projet par des employés de l’état. D’ailleurs, dans un reportage de Pierre Duchesne de Radio-Canada, la ministre avoue que trop de contrats ont été donnés au privé et on nous apprend que trois firmes à 3 lettres, dont CGI, DMR et LGS, qui se partagent la majorité de la tarte de 2,6 milliards en contrats au gouvernement du Québec.

J’ai déjà écrit un billet le morcellement des projets et l’impact de la dette technique des systèmes en place qui ne reçoivent pas les fonds nécessaires à leur évolution.

Les logiciels libres devront être considérés

Le jugement favorable à Savoir-Faire Linux (SFL) au printemps dans sa cause qui l’opposait à la Régie des rentes du Québec (RRQ) a été un élément instigateur. Ce changement de cap est tout à leur honneur. C’est toutefois désolant que ça prît un jugement d’un tribunal et une nouvelle loi pour forcer ce changement. J’aurais cru que seul le gros bon sens des décideurs dans la fonction publique aurait été suffisant pour briser le monopole des solutions commerciales.

Je me permets de reprendre une citation de Ghadhi que Patrice Caron a publié ce matin sur Twitter à propos de cette annonce :

D’abord, ils vous ignorent, ensuite ils vous ridiculisent, puis ils vous attaquent, et ensuite vous gagnez.

C’est exactement ce qui s’est passé dans ce dossier.

Pour en savoir plus

Les technologies doivent être dans les débats de l’Assemblée nationale

Ça fait quelquefois que je répète ça, mais tant et aussi longtemps que la gestion et les dépenses en technologies de l’information sont absentes de l’espace public, rien ne changera. Je me désole de voir les partis de l’opposition qui épluchent des dossiers insignifiants de contrats de construction de garderies à 200 000 $ alors qu’on dépense 2,6 milliards annuellement en catimini. Les projets informatiques sont mentionnés dans la chambre bleue uniquement lorsqu’un dérapage fait la manchette dans les journaux.

Sur Twitter, une personne avait rapporté les paroles d’une critique de l’opposition responsable de ce dossier. Elle disait que les politiciens n’avaient pas à être connaissants en informatique. C’est vrai, mais leur méconnaissance n’excuse pas leur désintérêt à surveiller comment 2,6 milliards sont dépensés annuellement. Occupez-vous de vos affaires. Si vous n’avez pas la compétence de le faire, demandez de l’aide. L’informatique est un enjeu stratégique dans la reddition de services à sa clientèle. Ceci est aussi valable pour l’appareil gouvernemental qu’une entreprise privée. En plus de ça, le gouvernement 2.0 doit être une préoccupation immédiate pour le parti au pouvoir et les partis de l’opposition. Faites une veille minimale dans le monde pour constater qu’un virage a été entrepris par les différents états ailleurs dans le monde. Regardez en avant et cessez de fixer les rétroviseurs!

Mise à jour 2010-12-10 : J’ai ajouté un lien vers l’excellent résumé de Josée Plamondon et j’ai inclus la vidéo du discours de Michelle Courchesne au Salon du logiciel libre du Québec produite par Christian Aubry.

Le dangereux discours de méfiance de l'open-gosseux

Salle au S2LQ

crédit Yannick Pavard

Je suis un fervent promoteur et défenseur des logiciels libres. Toutefois, je suis profondément rebuté par les idées radicales véhiculées par un individu tel que Richard Stallman qui était le conférencier vedette du premier Salon des logiciels libres du Québec.

C’est d’ailleurs ce courant puritain à la base du mouvement des logiciels libres qui m’a fait longuement hésiter à m’intéresser aux solutions libres pour les intégrer dans mon offre de services.

Depuis quelques années, de grandes corporations telles que Red Hat, Novell et Ubuntu ont contribué grandement à populariser Linux, le logiciel phare du mouvement. Mais les radicaux tels que Stallman dénonce l’incorporation de composantes commerciales dans leurs dépôts d’installation (« repositories »). Exemple, le plug-in Flash produit par Adobe est disponible à même plusieurs distributions Linux. Toutefois, ces gurus promeuvent des distributions complètement libres même si ça signifie avoir des contraintes d’interopérabilité avec le reste du monde. Ce discours de méfiance va jusqu’à décourager ouvertement l’utilisation des populaires solutions libres, mentionnées ci-haut, puisqu’elles peuvent comprendre certaines portions minimes de logiciels propriétaires. On penserait qu’ils ne veulent pas l’existence d’industrie du logiciel libre.

Avant son discours de lundi, j’étais tombé sur un texte très paranoïaque écrit par Stallman qui a été publié au début de 2010 sur les logiciels web en ligne communément appelés « SaaS » ou « Softare-as-a-Service ». Il disait que les SaaS étaient plus dangereux que les logiciels propriétaires.

Voici ses deux arguments :

  • On ne peut pas modifier le code source du tout, car on n’a même pas accès à l’environnement de déploiement du logiciel (accès aux serveurs).
  • Si le fournisseur doit héberger vos données, il peut faire ce qu’il veut avec sans votre permission.

Stallman préconise la liberté totale en informatique. Ça veut dire qu’il ne veut dépendre d’aucune personne. On doit installer un logiciel entièrement gratuit avec son code source sur du matériel qui nous appartient.

Pourtant, la majorité des utilisateurs dans le monde ne sont pas des informaticiens. Ils s’attendent à être servis. Une compagnie comme Apple vend des produits conviviaux très fiables. Il y a une niche pour ça et leurs clients ne me paraissent pas souffrir du contrôle tout de même important de la pomme. Serait-ce le syndrome de Stockholm? :-)

Si on applique son raisonnement à l’extérieur de l’informatique, on doit aussi tout faire soi-même. On ne doit jamais manger au restaurant puisqu’ils ne nous donnent pas la recette et on ne sait pas comment ils ont préparé notre plat. Ils pourraient nous servir des ingrédients avariés! C’est possible et ça survient parfois. Mais, on y va au restaurant tout de même. On parle alors de confiance.

Son discours ressemble vaguement à l’idéologie « redneck » des États-Unis en réclamant le droit aux armes à feu pour se défendre et où on se méfie du contrôle du l’État. On est mieux de s’organiser seul et ne faire confiance à personne.

Nous vivons dans une société basée sur la confiance. On doit faire confiance à différentes personnes dans notre vie pour profiter des services qui nous rendent la vie plus facile. Les exemples sont nombreux.

J’écris ces lignes dans un concessionnaire automobile. J’ai un problème de filage électrique avec mes phares. Il pourrait facilement me bourrer de conneries pour me surfacturer. C’est un risque que je prends consciemment. Ai-je le choix de le prendre ce risque ou pas? Absolument. Je pourrais effectuer la réparation moi-même, mais ça me prendrait beaucoup de temps pour diagnostiquer le problème et par la suite je pourrais faire sans doutes plein d’erreurs de débutant en effectuant les travaux. Je préfère profiter de leur expertise. Je dois la payer chèrement, j’en conviens. Mais, les réparations d’auto sont un combat que je n’ai pas le goût d’entreprendre. J’ai décidé à une époque de me spécialiser uniquement en informatique. À chacun son métier. Je dois faire confiance au concessionnaire. C’est un choix réfléchi.

Dans l’entreprise, on doit prendre des risques pour des raisons économiques. Selon Stallman toute entreprise devrait déployer du logiciel libre pur mur-à-mur sur son propre équipement sous aucune autre considération. Ça prend alors une équipe permanente et importante pour faire fonctionner ça. Il n’y a pas question d’y installer des logiciels propriétaire potentiellement malicieux (comme il dit si souvent). On ne doit pas non plus héberger tout ça chez un tiers qui pourrait vendre vos données.

Ce qui ne fonctionne pas dans son discours, c’est sa conception d’utilisateur. L’utilisateur doit avoir une maîtrise absolue sur l’informatique. Ce n’est vraiment pas l’objectif d’une entreprise qui n’est pas du domaine des technologies de l’information. Elle veut être servie par l’informatique. Elle n’a aucun plaisir à gosser en informatique. Elle veut que ça marche et elle veut servir ses clients au coût le plus bas.

Dans le cas du SaaS, une entreprise ne veut plus avoir le fardeau de l’évolution d’un logiciel. Elle veut profiter du faible coût, la stabilité et l’évolution, entre autres. Elle veut se faire servir. Elle ne veut pas faire de la mécanique. C’est un choix financier qui n’est pas sans contraintes. On doit faire confiance au fournisseur avec nos données et s’adapter aux changements de la solution avec le temps. On n’a pas autant de contrôle, mais on a d’autres bénéfices qui ne sont pas présents dans le logiciel installé localement.

Les logiciels libres sont d’intérêt pour l’entreprise dans la mesure :

  • qu’ils lui permettent de faire des économies en acquisition de licences
  • de rester libre avec ses données (enfermement)
  • d’avoir la meilleure solution (fonctionnalités, stabilité, interopérabilité, sécurité, etc.)

Si un logiciel propriétaire répond à ces critères, il est recommandé de choisir ce dernier. Je ne suis pas de l’école de pensée que ça doit être du logiciel libre ou ce n’est rien d’autre. On doit y aller avec la meilleure solution.

Le discours idéaliste et irréaliste de ces philosophes du mouvement du logiciel libre est dangereux pour l’adoption de ces derniers. Il divise l’industrie informatique et il divise même le milieu du libre. On fait la chasse aux sorcières avec les histoires à succès comme Redhat et Ubuntu. C’est un discours auto-saboteur qui radicalise le mouvement et qui rebute l’entreprise à s’y intéresser.

J’aimerais entendre votre avis aussi sur ce sujet. Croyez-vous que ce genre discours aide ou nuit à l’adoption du logiciel libre?

Est-ce que le « cloud computing » affectera l'emploi en TI?

Evolution - The Ride

Jake Sorofman a écrit un article sur le blogue Data Center Knowledge à propos des emplois en informatique versus la popularité croissante du « cloud computing ». Il dit non, car selon lui les ressources évolueront d’un rôle très technique à bas niveau à des rôles plus près des affaires courantes de leur employeur.

Il fait le parallèle avec les développeurs d’applications qui utilisent maintenant des langages de plus haut niveau (.NET, Java, PHP, Ruby, Python). Ces langages de programmation qui viennent avec des fondations stables et réutilisables déjà toutes faites. Elles permettent alors aux programmeurs de réaliser plus rapidement les règles d’affaires demandées par l’entreprise.

It’s a truism that growing complexity will always result in another layer of abstraction that moves IT roles away from low-level technical detail and closer to the business itself.

Much like developers who have progressively evolved up the stack, IT personnel will need to get out of the weeds and allow automation and processes to mature. In doing so, they won’t sacrifice their roles—or their souls. Like software developers, their roles will evolve and they’ll find themselves more productive than ever before.

Most importantly, they’ll find themselves better aligned with the needs—and speed—of business.

via What Does Cloud Computing Mean for IT Jobs? « Data Center Knowledge.

NoSQL : quand la SGBD devient un problème

Selon un récent sondage d’InformationWeek auprès de professionnels en TI, 47 % des répondants ignorent l’existence de NoSQL. Le NoSQL est une réponse aux problématiques des bases de données relationnelles traditionnelles à grossir et à accueillir un important volume de données. Depuis 20 ans, la base de données relationnelle est la solution de facto pour le stockage de données. Toutefois, dans la majorité des cas, le programmeur n’utilise pas les fonctionnalités relationnelles de la SGBD pour faire des jointures entre 2 ou plusieurs tables. Les tables sont utilisées une à la fois la plupart du temps.

Avec la venue des sites web de grande envergure, la base de données relationnelle est devenue un empêcheur plutôt qu’un facilitateur. Il a fallu réinventer des moyens de stockage plus simple et adapté à cette nouvelle réalité. En reprenant les avantages de partage et de fiabilité des SGBD réseau, plusieurs projets NoSQL ont vu le jour depuis quelques années. D’ailleurs, le terme NoSQL est nouveau et il a vu le jour seulement en 2009 lors de la première conférence à ce sujet à Atlanta.

Une base de données NoSQL permet de stocker des valeurs, du XML, des fichiers, etc. Elle est nécessairement distribuée sur une multitude de serveurs sur un réseau pour fournir un maximum de performance et de disponibilité. Les éléments stockés sont accessibles par une clé unique. Un gros hashtable partagé en réseau. Dépendamment du besoin, certaines solutions sauvegardent les informations de façon persistante sur disque (informations importantes à conserver) et d’autres les conservent en mémoire (informations de session, cache, etc.).

Les produits les plus connus sont BigTable sur le Google App Engine, Dynamo chez Amazon et Cassandra et memcached tous deux utilisés par Facebook.

La parole est à vous. Connaissiez-vous NoSQL avant de lire ceci? Avez-vous déjà eu des problèmes reliés à performance d’un SGBD? Est-ce que vous considériez une solution NoSQL pour la remplacer?