La dure vérité sur le travail en informatique

Hiner Jason, rédacteur en chef de TechRepublic, a publié une liste de faits sur le travail en TI. Quelques-uns m’ont fait sourire et sont criants de vérité.

Vous irez de zéro à héros plusieurs fois dans une même journée

Dans une entreprise, la majorité des utilisateurs ne comprennent rien au travail de l’informaticien. Quand ça va mal, c’est de sa faute et on va souvent douter de sa compétence. Quand il règle le problème, on va le louanger. Si le problème revient, la foudre va s’abattre sur lui à nouveau.

Vos collègues non technos vont vous utiliser pour leur support technique personnel pour leur PC à la maison

Vos collègues et votre famille élargie vont le faire. On dirait si vous travaillez en TI, vous devenez automatiquement un expert-conseil d’achat d’ordinateur personnel. J’ai personnellement de la misère à suivre les différents processeurs et tous les nouveaux périphériques qui sont en vente présentement. L’informatique c’est vaste et chaque professionnel a tendance à se spécialiser. Il n’existe pas d’expert qui sait tout. Si c’est le cas, c’est un surdoué ou un menteur.

Vous passerez plus de temps à maintenir d’anciennes technologies que d’en implanter de nouvelles

Il est souvent plus économique à court terme de conserver très longtemps les systèmes informatiques en place. On applique des corrections mineures en cas de problème (« break & fix ») et on y investit un minimum de temps. On vient à accumuler beaucoup de ces systèmes patrimoniaux et ça prend des informaticiens pour les soutenir.

Les professionnels seniors en informatique sont souvent le plus grand obstacle à l’implantation de nouvelles technologies

Comme je disais plus haut, je me suis spécialisé comme plusieurs autres avec le temps. Un seul professionnel n’est pas en mesure de comprendre tout et de suivre toutes les nouveautés. L’être humain, étant ce qu’il est, préfère rester avec ce qu’il connaît et se méfier de ce qu’il ne connaît pas. Le senior aura tendance à dénigrer les nouvelles technologies ou les nouvelles façons de faire sans arguments logiques. Il utilisera la peur pour vous convaincre et évacuer ces idées folles de votre esprit.

Certains professionnels de l’informatique déploient des technologies qui servent plus à consolider leur propre pouvoir qu’aider l’entreprise

Les informaticiens viennent à s’habituer à certaines technologies et deviennent des champions quant à cette dernière. Cette reconnaissance d’expertise devient une drogue au fil des ans. Ils ont donc tendance de vouloir garder cette main mise pour contrôler leur environnement et celle des autres, par le fait même.

Le retard numérique du Québec : passons à l'action SVP

Je suis un des premiers à reconnaître le retard numérique qu’il y a au Québec. On se renseigne des réalisations technologiques avant-gardistes à l’étranger et on est toujours déçus de voir à quel point il est difficile à répéter ces succès au Québec. Ces derniers jours, j’ai vu réapparaître des manifestes idéologiques sur cette problématique (1, 2). Mais, j’en ai assez de ces initiatives utopiques qui ne font qu’alimenter les discussions entre initiés. Sortons de ce cercle fermé.

C’est une problématique de vase clos. Les natifs du numérique sont ceux qui sont nés avec un clavier dans les mains. De l’autre côté, les immigrants du numérique ont acquis ces nouvelles connaissances au cours de leur vie d’adulte. Ils sont souvent séparés par une ou deux générations. Les classes sociales jouent aussi souvent dans la segmentation. Ça prend du fric pour se payer des cossins numériques (ordinateur, accès internet haute vitesse, iPhone, BlackBerry, etc.).

Pour influencer un autre groupe, il faut l’atteindre et l’intégrer. On peut publier de superbes textes et vidéos sur un site web impeccable, mais ce n’est pas assez. S’ils le lisent en ligne, ça signifie qu’ils ne sont pas si en déphasés que ça. Ils n’y sont pas, vous le saviez?

Prenons, l’exemple de Luc Gendron. Il prend le temps d’inviter un dirigeant de PME à tous ses événements de réseautage web Focus 20. Il fait l’effort de mêler les deux solitudes. C’est tout à son honneur. C’est ça de l’action concrète. D’ailleurs, il est revenu sur cet aspect dans un billet sur son blogue.

Je connais aussi un entrepreneur qui a pris une approche très radicale au développement des affaires. Lorsqu’il idéalise un concept d’application en ligne pour un client, il ne va pas proposer l’idée à ce dernier. Il développe carrément une preuve de concept fonctionnelle. Il prend rendez-vous avec le client avec un prototype interactif déjà utilisable. Il perd sûrement du temps parfois à fonctionner ainsi, mais certaines de ses initiatives sont devenues des contrats. C’est difficile d’être incrédule face au fait accompli.

Je ne crache pas sur lesdits manifestes, mais cessons de pleurnicher entre nous et atteignons ceux qui peuvent faire réellement une différence.

Voici des actions que vous pouvez poser qui risquent de faire une réelle différence :

Rencontrez vos élus

Si vous considérez que le gouvernement fédéral ou provincial est à la remorque, prenez rendez-vous avec votre député ou conseiller municipal. Si vous n’avez jamais exprimé vos idées à votre élu, c’est bien normal que ça ne se soit jamais rendu plus loin que ça. Établissez le contact.

Proposez des idées novatrices

Cessez de réaliser uniquement les idées conservatrices de vos clients ou de votre patron. Proposez vos idées novatrices. Si vous êtes un natif numérique, ça devrait venir naturellement. Si on ne les retient pas, demandez pourquoi. Défendez-les! Développez votre argumentaire. Armez-vous d’exemples.

Plaignez-vous directement

Si une entreprise n’a pas de site web, dites-leur! Plaignez-vous à eux. Si vous ne trouvez pas ce qu’il vous faut sur leur site. Plaignez-vous à eux. Cessez de chialer sur Twitter, ils ne lisent pas ça. Vous trouvez que la bande passante internet est trop cher et trop lente? Dites-le directement à votre fournisseur sans détours.

Avez-vous d’autres idées d’actions à poser? On s’active!

Retour sur ma 1ère expérience au PodCamp Montréal

Photo prise par Benoit Descary où je discute avec Martin Lessard et Mathieu Lavallée

J’ai assisté à mon premier PodCamp Montréal en fin de semaine. L’événement au lieu les 11 et 12 septembre 2010 au Coeur des sciences à l’UQAM. J’ai pu participer à cette grande rencontre des médias sociaux avec 300 autres participants. Il y avait des conférences très intéressantes à toutes les heures dans 3 salles différentes. Je tiens à féliciter les organisateurs dont Laurent LaSalleLaurent MaisonnaveMichelle Sullivan et Sylvain Grand’Maison.

J’ai surtout aimé revoir et fraterniser avec les citoyens numériques que je côtoie à tous les jours sur le web social. Prendre le temps d’échanger et de partager une bonne bouffe pendant ces deux jours aide à tisser des liens. Les conversations tout au long de la fin de semaine ont été fort intéressantes.

J’ai surtout retenu un élément qui est sorti de la présentation de Bruno Guglielminetti. Il a quitté Radio-Canada au printemps 2010 après y avoir oeuvré pendant 23 ans. Il expliquait qu’il a constaté que sa notoriété personnelle avant son départ n’était pas dépendante de la marque de Radio-Canada. Il s’était forgé au fil des ans une marque personnelle solide. Il en est venu à la conclusion que cette confiance était accordée d’abord à lui plutôt qu’à son affiliation à son employeur. Depuis que j’oeuvre dans les médias sociaux, j’ai souvent vu des exemples similaires.

La petite histoire des débuts d'Internet à Québec

Qui se souvient de NPC (Northern Phun Co.) et d’Accès Public LLC (Liberté, Liberté Chérie!)? Pourtant, ces deux entités sont à l’origine des débuts de l’accès public à Internet dans la Ville de Québec.

Northern Phun Co. (NPC)

NPC est probablement le premier groupe organisé de hackers au Québec et il était basé ici, à Québec. Sous la plume de son éditeur, Blitzkrieg, et des « officiers » du groupe, NPC a publié une quinzaine de magazines électroniques entre 1992 et 1994. Les fichiers étaient distribués principalement sur les babillards (BBS) de Québec, mais aussi du monde entier. Il est encore possible de retrouver sur le Web certains numéros du magazine.

Quel est le lien avec les débuts du réseau Internet à Québec? En 1993, il n’y avait pas de fournisseur public Internet à Québec. En fait, il n’y en avait qu’un au Québec, Communications Accessibles Montréal (CAM.org), dont le but était d’offrir un accès en dehors du réseau universitaire. Sinon, l’accès Internet était réservé principalement, à Québec, à l’Université Laval, et c’était le RISQ (Réseau interordinateurs scientifique québécois) qui gérait le développement du réseau au Québec.

Or, s’il y a une chose que les hackers aimaient, ce sont les réseaux. Et s’il y avait une chose qu’ils affectionnaient particulièrement, c’était de s’introduire dans les systèmes téléphoniques et autres réseaux afin de se connecter à Internet, qui commençait alors à faire beaucoup de bruit au sud de la frontière, et qui leur donnait accès au reste du monde connecté. Qui de mieux alors, par passion d’abord, mais aussi grâce à une certaine expertise à l’époque très rare, pour fonder une entreprise dont l’objectif serait de rendre accessible aux gens de Québec l’accès à Internet?

Accès Public LLC (Liberté, Liberté Chérie)

La création de cette entreprise dirigée par Mario Cantin et appelée Accès Public LLC (pour Liberté, Liberté Chérie) ne s’est pas faite sans difficulté. Il y avait à ce moment une méfiance à l’égard des fondateurs, étant donné leur bagage… N’empêche, à l’été 1994, une centaine d’utilisateurs recrutés grâce au bouche-à-oreille devenaient les premiers abonnés à un service public d’accès au réseau Internet à Québec. J’étais déjà un utilisateur d’Internet, à travers un compte de l’Université Laval, mais pour moi, c’est là qu’à réellement débuté ma vie d’internaute. J’avais pris contact avec certains des membres de NPC un peu avant le lancement de LLC et j’ai été recruté pour administrer les systèmes Usenet et FTP.

C’était l’époque d’Archie (un des premiers moteurs de recherche, développé à Montréal à l’Université McGill), de Gopher, de Usenet et des emails avec Pine. D’IRC, aussi. Du moins, IRC d’avant que ça devienne l’étrange lieu de rencontre et d’échanges que la plupart des gens ont connus des années plus tard. C’était aussi l’époque de l’anonymat et des nicknames. LLC, c’était entre autres Blitzkrieg, l’intellectuel visionnaire, Kermit, l’homme qui codait et configurait plus vite que son ombre et Gurney Halleck, le Überhacker, guru de la sécurité réseau. Les utilisateurs n’étaient pas différents et je les ai d’abord connus sous les noms de Méphistophélès et autres Iseult. L’on sortait de l’anonymat en fréquentant le lieu de rencontre de plusieurs internautes, la légendaire Fourmi Atomik, rue d’Auteuil.

Le côté « graphique » d’Internet n’existait pratiquement pas à l’époque. Le Web n’était qu’à ses débuts. J’ai eu la chance d’être aux premières loges et de voir les premières versions de Mosaic et les premières pages Web. Les utilisateurs étaient alors branchés uniquement en mode dial-up, d’abord en accès Shell, plus tard en connexion « SLIP » qui permettait l’utilisation d’applications Internet installées sur le PC, dont éventuellement la première version de Netscape Navigator.

Les abonnés de LLC se connectaient au mieux grâce aux « puissants » modems US Robotics Sportster 14.4 kbps de l’époque, au pire avec des modems 2400 ou 9600 bps. Et comme il n’y avait au départ qu’une dizaine de lignes téléphoniques, l’accès était souvent difficile aux heures de pointe… Pour ma part, j’étais en Cadillac : je m’étais installé une ligne téléphonique additionnelle chez moi et j’étais connecté en permanence à partir d’un ordinateur sur lequel roulait Linux, dont le kernel devait être rendu à la version 0.99 patch level 14. LLC chargeait alors autour de 25-30 $ par mois aux utilisateurs pour l’accès, avec une limite de 10 heures par semaine si ma mémoire est bonne.

Le service à la clientèle était mauvais, mais on s’amusait bien dans le loft de Mario situé dans l’ancien St-Roch, transformé en salle de serveurs, où les modems rendaient l’âme les uns après les autres. On jouait au jeu qui allait changer le monde du jeu 3D : Doom. L’un des premiers serveurs Sun Sparc de LLC a été nommé « Biko », en l’honneur d’un activiste antiapartheid sud-africain mort en prison. Ça vous donne une idée du style éclectique qui régnait dans ces lieux. Quand les clients venaient nous porter leur chèque mensuel en main propre, ils pouvaient contempler le spectacle des serveurs et modems qui clignotaient de toute part, des bouteilles de bière vides, des centaines de CDs empilés et de la mezzanine en treillis de fer où étaient éparpillés les livres d’une des plus belles « bibliothèques » de contre-culture qui m’ait été donné de voir. Les vrais débuts d’Internet à Québec, c’était ça, et non pas Bell ou Vidéotron.

J’ai fait l’installation du kit de branchement de LLC chez plusieurs des premiers utilisateurs, ainsi que pour quelques-unes des premières organisations « branchées » de Québec, dont le café Ulysse et Pénélope, l’institution Robert Giffard et Meubles Tanguay.

ClicNet Télécommunications

À peine une année après son ouverture, Accès Public LLC s’est associée à Élan Informatique et est devenue ClicNet Télécommunications. Le portrait de l’entreprise a rapidement changé, les fondateurs initiaux, dont plusieurs étaient des étudiants, se dévouant à de nouveaux projets.

Quant à moi, ma route a divergé et m’a mené à l’extérieur de la région pendant quelques années et j’ai depuis perdu la trace de pratiquement tous ces pionniers et premiers utilisateurs qui font partie de la petite histoire d’Internet à Québec. Si vous vous reconnaissez parmi ceux-ci, faites-moi signe, à psoucy (at) gmail.com ou sur Twitter, psoucy9 et devenez membre de cette page Facebook.

Pascal « Phrog »