Participation à l’émission La voix du libre sur le gouvernement ouvert

Yannick Pavard m’a invité pour une heure d’émission hier soir à CKIA pour son émission La voix du libre. Je vous invite à suivre le lien ci-dessous pour écouter la balado.

Émission du 7 juin 2012 - La voix du libre, émission de radio sur les logiciels libres.

Le gouvernement québécois s’ouvre et fait un grand pas en avant

Je me doutais qu’une importante annonce allait se faire mercredi après-midi lorsque j’ai reçu une invitation du bureau de M. Henri-François Gautrin pour une conférence de presse à l’Assemblée nationale. Un contretemps m’a privé d’être présent, mais ça ne m’a pas empêché de constater après coup que le Québec rejoignait les états modernes dans la gouvernance ouverte.

Un gouvernement ouvert avec des données ouvertes

La présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, et le leader parlementaire adjoint du gouvernement, Henri-François Gautrin, ont annoncé le dévoilement officiel des travaux de la consultation Gautrin 2.0 et la mise en œuvre d’un gouvernement ouvert au sein de l’état québécois.

Un portail de données ouvertes a été annoncé et un site collaboratif entre fonctionnaires et citoyens nommé Défi sera mis en place à l’automne.

Une équipe dévouée et déterminée

Je connais plusieurs personnes qui ont oeuvré sur la consultation Gautrin. La force des recommandations démontre bien la détermination de ces derniers à vouloir faire avancer le Québec. Je les salue et je les remercie pour leur excellent travail et leur vision.

Deux idées qui ont fait du chemin

J’ai été agréablement étonné que deux idées m’aient été attribuées dans le rapport Gautrin. J’avais suggéré de publier un tableau de bord avec des indicateurs de santé de tous les projets informatiques. Ça permettra au citoyen de suivre facilement si son argent est bien dépensé. Espérons que cette grande transparence motivera les chargés de projets à faire encore mieux. Mme Courchesne a dit que ce tableau de bord s’étendra aussi aux chantiers routiers du Ministère des Transports. C’est une excellente nouvelle.

La seconde idée était de publier sur le web l’état des structures routières. Cette idée m’était venue suite à la chute d’un paralume dans le tunnel Viger à Montréal et du problème de confiance qui a suivi. Le Ministère des Transports a lancé un portail quelques semaines plus tard et je n’étais pas certain si mon idée avait provoqué cette réalisation. À la lecture du rapport, je constate qu’elle a probablement été l’étincelle.

Gouverner ensemble

Entendre l’annonce de l’application de ces idées et plusieurs autres par Mme Courchesne et M Gautrin dans la vidéo de la conférence de presse est très encourageant pour la suite.

Sachez que la consultation Gautrin a fonctionné dans un mode de gouvernance ouverte ce qui lui a permis de rassembler d’excellentes idées de citoyens engagés à améliorer leur société et la vie de leurs concitoyens. Pour reprendre le titre du rapport, nous avons gouverné ensemble pour façonner le Québec de demain.

Le gouvernement du Québec veut entendre vos idées web

Au début du mois d’août, l’équipe de travail du député Henri-François Gautrin a lancé un portail pour recueillir les idées des internautes sur sa stratégie web 2.0, la gouvernance ouverte, les données ouvertes et d’autres sujets reliés à sa présence web. Depuis le lancement, plus de 90 idées ont été soumises et les internautes ont pu voter pour ou contre chacune d’entre elles. Chaque idée peut être commentée et ainsi bonifiée.

À ce jour, 4 sont en examen et 16 sont rendues en traitement pour recueillir davantage de commentaires constructifs pour les définir davantage. Ceci servira à les inclure dans le rapport final qui sera remis en décembre au premier ministre Jean Charest. Je suis heureux de voir que de bonnes idées telles que les suivantes y sont :

J’ai soumis une idée pour produire un tableau de bord des grands chantiers informatiques au gouvernement du Québec (inspiré du IT Dashboard du CIO des États-Unis). J’ai aussi été inspiré par l’actualité et j’ai proposé une carte interactive de l’état des structures routières sous la responsabilité du Ministère des Transports. Quand on parle de gouvernement ouvert, on sous-entend transparence. La publication de l’état sécuritaire ou non des structures routières permettrait de prouver les dires des porte-parole du gouvernement. Si ce n’est pas le cas, les citoyens ont le droit de savoir quelles structures sont précaires pour les éviter en toute connaissance de cause.

Toutefois, je constate qu’une bonne proportion des commentaires sont des critiques peu constructives. On peut critiquer l’état, mais il ne faut jamais oublier que l’état c’est « nous » et ce n’est pas « eux ». Si on n’est pas content, c’est notre devoir d’agir pour la changer : voter, proposer, communiquer ou s’impliquer. On vit malheureusement dans une société de plaignards et ce portail en fait état comme partout ailleurs. Mais, heureusement les gens ont voté pour les meilleures idées et ces dernières sont sorties du lot. Je vous encourage de vous approprier de cette opportunité unique et de faire valoir vos meilleures idées dans le but de faire avancer notre collectivité.

Du SaaS au gouvernement !

Je salue le fait qu’ils ont opté pour une solution SaaS en ligne pour faire le travail (IdeaScale). Cette initiative a une durée limitée dans le temps et l’utilisation d’une plateforme existante et déjà déployée sur le web a permis des économies substantielles. La solution n’est pas parfaite. Une solution multilingue destinée au marché international ne pourra jamais satisfaire tous les caprices de chacun. Quand on choisit une solution, il faut toujours évaluer les coûts versus les bénéfices. Même si le gouvernement gère des budgets immenses, cela ne justifie pas de payer trop cher pour une solution quelconque. IdeaScale a été considéré, dit-on, en grande partie car elle avait été utilisée dans une consultation populaire sur le web par le gouvernement Obama.

OpenCamp : le gouvernement en tant que plateforme

Discours d'ouverture du OpenCamp par Luc Vaillancourt

Le gouvernement doit cesser de faire tout soit même. Il doit être un catalyseur et servir uniquement de fondation à l’économie. Je suis un fervent adepte des idées de Tim O’Reilly sur le gouvernement ouvert. Hier au OpenCamp on m’a invité à lancer le débat sur ce sujet dans le 1er bloc. J’avais préparé quelques notes pour présenter le concept amené par ce dernier aux 80 personnes présentes à l’École nationale d’administration publique (ENAP).

Qu’est-ce que le gouvernement 2.0?

Démêlons les expressions ou si vous voulez les « buzzwords ». Cette expression désigne tout gouvernement qui prend sa place dans l’univers web 2.0. Il offre des services en ligne. Il fait appel à la collaboration et à l’intelligence collective de ses citoyens avec différents outils à sa disposition. Il utilise les médias sociaux au sens large (blogues, forums, réseaux sociaux organisés, etc.). Il fait dans le « cloud computing » en offrant des données ouvertes et des services web pour des programmeurs qui voudraient bâtir une application sur ces derniers.

J’ai malheureusement fait le constat que notre gouvernement provincial est loin d’atteindre cette définition. Malgré tout, certaines de ses initiatives peuvent correspondre à cette idéologie.

Le gouvernement de services

Donald Kettl appelle le vieux modèle : le gouvernement machine distributrice (« vending machine government »). On y met de l’argent et un service y sort. On n’a pas accès au comment, on ne fait que payer et consommer. Le gouvernement offre que des services finaux auxquels il est pratiquement impossible d’y ajouter une valeur ajoutée. Toutefois, comme une machine distributrice, il fait dans la généralité. Il ne rend pas des services spécifiques ou spécialisés. L’équité du niveau de service est primordiale comme valeur dans un état démocratique. Ses solutions sont macro. Elles sont faites pour tout le monde.

Qu’est-ce qu’une plateforme?

Une plateforme est une fondation sur laquelle un tiers peut s’appuyer pour créer un autre produit à valeur ajoutée ou plus spécifique. Ainsi, on favorise l’éclosion d’une multitude d’initiatives innovatrices basées sur les services de base ou les données qu’on offre librement à tous. Les autres peuvent penser à des usages originaux. Ils peuvent aussi imaginer de combiner avec d’autres sources d’information pour créer un produit unique et novateur. Des idées qui ne seraient jamais venues à l’esprit des gardiens de ces données et services.

Exemple, la plateforme iPhone a explosé en popularité lorsque Apple a décidé de s’ouvrir aux développeurs d’applications externes. C’est maintenant le plus gros écosystème d’applications mobiles au monde. Plusieurs applications iPhone sont frivoles, mais certaines sont carrément révolutionnaires.

Le gouvernement en tant que plateforme

L’état cesse alors d’offrir des produits et services spécifiques. Il offre des services bruts de base. Les applications spécifiques seront alors créées par ceux qui en ont besoin. Le gouvernement devient alors un facilitateur et une courroie à l’innovation.

Ça existe déjà (exemples)

On pourrait croire que cette idée est utopique, mais elle est très réaliste. Elle ne s’applique pas uniquement au web et aux technologies de l’information. Voici une liste de services que l’état met à la disposition des citoyens particuliers et corporatifs pour favoriser l’économie.

Les routes

Les routes servent à vous rendre à votre travail et à faire véhiculer des marchandises d’un fabricant chez un commerçant. Ces infrastructures sont économiquement indispensables. Cela vaut aussi pour les aéroports et les terminaux maritimes. Ce sont tous des services que l’état met à notre disposition. Elle n’achète pas les véhicules et ne paie pas l’essence des véhicules qui y circulent. Je vous invite à lire la mission officielle du Ministère des Transports du Québec (MTQ) :

La mission du Ministère est d’assurer, sur tout le territoire du Québec, la mobilité durable des personnes et des marchandises par des systèmes de transport efficaces et sécuritaires qui contribuent au développement du Québec.

Les données météorologiques

Les données météo d’environnement Canada sont disponibles librement et sont utilisées par des entreprises comme Météomédia et plusieurs médias canadiens. Quand on veut connaître la météo à venir dans les médias qu’on a l’habitude de consulter. On ne veut pas aller sur le site d’Environnement Canada. Autrefois, elles étaient disponibles par abonnement, mais depuis quelque temps elles sont offertes ouvertement sur leur site web.

ARPANET et TCP/IP

Le réseau ARPANET a été créé en 1966 par le gouvernement américain pendant la guerre froide. Ce réseau informatique avait été pensé pour résister à des défaillances en utilisant une architecture décentralisée. Le nom ne vous dit peut-être rien, mais le protocole TCP/IP pourrait vous être plus plus familier. L’« IP » signifie Internet Protocol. Ce réseau est l’ancêtre de ce qu’est l’Internet. Son architecture a été ouverte et toute une économie numérique s’est développée autour de cet imposant réseau.

GPS

Cette technologie développée par l’armée américaine en 1972 a été autorisée pour l’usage civil en 1996 par le Président Bill Clinton. L’utilisation des 31 satellites GPS actifs dans l’espace (chiffre de 2008) est gratuite pour tous. Cela a grandement modifié la vie de plusieurs personnes et a permis la naissance de nouveaux produits et services novateurs comme les appareils de routage dans les véhicules et des services aussi ludiques que Foursquare.

IMPÔTNET (NETFILE)

Il ne faut pas chercher très loin pour un excellent exemple d’ouverture de plateforme de services électroniques. La soumission des déclarations de revenus au Canada peut se faire par voie électronique. L’Agence de revenu du Canada a conçu un format simple de fichier texte afin d’enregistrer toute sa déclaration de revenus pour soumettre sur leur site web. D’ailleurs, le même format est accepté par Revenu Québec. Le fichier .TAX est décrit sommairement sur le site de l’ARC. Une panoplie d’applications pour préparer sa déclaration de revenus ont vu le jour grâce à cette plateforme ouverte.

Opportunités manquées

Malgré toutes ces explications, nos gouvernements semblent vouloir parfois aller trop loin dans leur offre de service. Ils en offrent plus que ce dont la majoritaire réclame.

Service 511 de Transport Québec

Les données de circulation et de travaux routiers ne sont pas offertes ouvertement. Il est impossible de télécharger ces données pour les inclure dans un autre logiciel. Ils ont récemment lancé une application iPhone et promettent une autre sur la plateforme Android. Croyez-vous dans un sondage provincial, une majorité de citoyens aurait demandé une application mobile en 2010? Elle remplit un besoin très spécifique et elle vise un public très niché alors que tous les citoyens ont déboursé pour sa réalisation. De plus, Transport Québec manque le bateau en n’offrant aucun moyen de signaler un hasard de la route. C’est pourtant une application qui fait usage de la fonction GPS du téléphone. En offrant les données brutes, un développeur indépendant aurait sûrement pensé à des fonctionnalités pour pratiques et plus branchées sur les besoins de ce groupe d’utilisateurs avertis.

Horaires du RTC

J’ai déjà écrit quelquefois sur le Réseau de transport de la capitale. C’est le réseau d’autobus public de la Ville de Québec. Un développeur indépendant du nom de Martin Demers d’Aragosoft avait lancé une application sur le AppStore d’Apple pour avoir accès aux horaires d’autobus sur le iPhone. Au lieu d’encourager M. Demers, le RTC n’a jamais offert ses horaires en format électronique à ce dernier. Ils ont plutôt annoncé récemment le développement de leur propre application. C’est d’un illogisme total. Au lieu de favoriser un écosystème de développeurs qui diffusent gratuitement leurs renseignements pour permettre d’atteindre un plus grand nombre de clients potentiels, ils décident de lui barrer le chemin. Ils sont tellement à contre-courant que ça me lève le coeur. On dirait qu’ils ne font aucune veille sur ce qui se fait ailleurs dans le monde. C’est d’une telle tristesse!

Un gouvernement facilitateur

Le gouvernement doit être un facilitateur à l’innovation. Il construit les fondations pour permettre au marché et aux citoyens d’innover et d’aller encore plus loin.

Dans une optique d’économie de coûts en technologies de l’information de l’état, la stratégie de plateforme est très intéressante et devrait être à considérer sérieusement. Le nombre de grands contrats informatiques serait alors à la baisse et ces mêmes ressources externes en informatique pourront développer à leur compte et à leurs risques de nouvelles applications informatiques en s’appuyant sur les services TI du gouvernement. Fermons nos yeux, et rêvons à ça quelques instants. Moi j’y crois!