Le chemin concret vers une société numérique

L’élite du web s’est réunie pour signer un manifeste pour un État plus numérique. J’applaudis leur intention, leur geste et je partage leur préoccupation. Toutefois, je suis perplexe par les solutions proposées et surtout de la méthode employée.

Le web n’est malheureusement pas LA priorité pour tous

On semble dire qu’il y a un immobilisme intentionnel dans la classe politique alors que le problème est beaucoup plus simple à mon avis. Les partis actuels répondent aux véritables demandes de la population. Demande-t-on dans la rue un parlement ouvert sur le web où l’on peut proposer des idées? Non, pas du tout. Ce sont des illuminés comme moi qui croient que le web devrait être l’obsession collective.

Les citoyens normaux ont des préoccupations de base qui ne sont souvent pas adressées telles que la santé, l’emploi, l’éducation et une place en garderie pour leur enfant. Toutefois, oui, le numérique pourrait aider à résoudre ces problématiques.

Le risque de froisser

Cette lettre ouverte, selon moi, ne sera qu’un coup d’éclat. Son intention est louable, mais son poids médiatique aura l’effet contraire. Alimentés par le cynisme, plusieurs la reprendront maladroitement pour ridiculiser l’analphabétisme numérique des élus et des hauts fonctionnaires. Ces derniers se refermeront davantage. Leur humanité prendra le dessus.

Un changement de garde

On arrivera à des résultats concrets et rapides quand les citoyens numériques deviendront des décideurs. On y est presque. Par exemple, Michael Applebaum était le responsable politique du dossier des données ouvertes à Montréal. Il est devenu maire de la plus grande ville du Québec. Ça vous rassure? D’autres suivront, on y est. Pourquoi pas vous si ça vous interpelle tant?

La société dite numérique doit s’engager davantage en politique. Elle vote (je l’espère), mais elle se plaint des choix offerts sur le bulletin. Quand on veut changer les choses, il faut se mouiller. Pour emprunter l’expression du baseball, il faut aller au bat. Aux dernières élections provinciales, j’ai salué le courage de Mario Asselin, qui est soi-disant l’un des 13 signataires de la lettre, de présenter sa candidature. J’avais qualifié son geste d’ultime d’implication citoyenne. Je le crois toujours.

On ne veut pas le savoir, on veut le voir!

Ce qui m’agace dans ces manifestes publics, c’est l’absence de solutions concrètes et réalisables. L’élite intellectuelle se désole, se félicite pour sa sortie et tout s’estompe rapidement. La raison? Peu de gens comprennent ce qu’elle demande. Il faut des démonstrations tangibles sinon ça n’interpellera personne. Est-ce les problèmes concrets qui préoccupent réellement un grand nombre de citoyens peuvent-ils être adressés par des solutions modernes? Certainement. Prouvez-le! Par exemple, les groupes Montréal Ouvert et Capitale Ouverte avaient organisé des hackathon où des centaines de programmeurs et concepteurs ont créé bénévolement des applications simples et très parlantes. Ceci a amené les villes de Montréal et Québec à joindre le mouvement et les faire cheminer par la suite. Ces événements très pragmatiques ont permis de faire comprendre aux décideurs les plus néophytes la valeur de la démarche. Plusieurs en sont même devenus des ambassadeurs. On n’en demandait pas autant au départ!

On fait quoi maintenant?

Je trouve drôlement inspirant le mouvement Code for America. C’est une initiative de la base (grassroots) qui mobilise les citoyens numériques à donner de leur temps et offrir  leur talent pour aider l’État à moderniser ses services sur le web. Ce type d’initiative est très rassembleur et le message est très positif.

Pitonnons pour le Québec

Je vois quelque chose de similaire qui pourrait faire le tour du Québec. Par exemple, les collèges et universités pourraient intégrer ces concepts dans les travaux pratiques des étudiants (ça s’est déjà fait au Cégep Limoilou). Ça serait d’autant plus valorisant à la remise des travaux, car leur projet serait réellement utile et pourrait avoir une seconde vie après le cours. Je suis certain que le gouvernement du Québec appuierait une initiative pareille.

Je souligne aussi l’initiative Nord Ouvert qui vise à recueillir des dons pour financer des projets web de gouvernance ouverte pour les citoyens.

Aidons notre Québec

Pour terminer, nous devrions aider l’État à avancer et cesser de nous limiter à le critiquer. L’État, c’était nous à l’origine des temps, et ça peut le redevenir. D’ailleurs, un homme célèbre a déjà prononcé les mots suivants bien avant l’Internet, le web, les téléphones mobiles et le WiFi. Elle est toujours d’actualité.

Ask not what your country can do for you, but what you can do for your country.

- John F. Kennedy (1961)

Et si on considérait le nuage au Gouvernement du Québec?

Le gouvernement du Québec doit mettre à jour environ 600 000 postes informatiques munis de Microsoft Windows XP et d’une version désuète de Microsoft Office. Certains ont fait des sorties publiques dans les médias pour exiger qu’on opte plutôt pour les logiciels libres. Mais, considère-t-on d’autres options? Ferait-on de réelles économies?

On peut lire que le gouvernement en place est sur le point d’octroyer un contrat de migration à Windows 7 et Office 2010 :

Actuellement, les ministères et les réseaux utilisent le logiciel Windows XP. Pour changer le parc informatique, d’importantes sommes sont en jeu. Les coûts s’élèvent à près de 2000$ par poste de travail, et on en compte plus de 600 000 dans l’ensemble de l’administration publique québécoise – un pactole de 1,128 milliard, selon un document obtenu par La Presse. Le matériel représente 10% de l’opération et la licence, 19%, mais la «migration», soit le soutien et la formation, totalise 71% de la facture.

Via Denis Lessard de la Presse

Notez que les licences représentent que 19% du coût total (un montant somme toute considérable j’en conviens). On inclut aussi une mise à jour matériel de certains postes informatiques (10%) car ils sont trop lents pour le bon fonctionnement des nouveaux logiciels. Le gros du montant total, soit 71%, est l’huile à bras. C’est à dire les honoraires de techniciens pour physiquement installer les logiciels sur chaque poste et ensuite régler les problèmes d’exception potentiels sur chacun d’eux.

Si on passait au nuage? Les suites Google Apps et Microsoft Office 365 permettent de simplifier grandement la solution globale. Nous n’aurions pas à passer autant de temps sur chaque poste. Les vieux postes informatiques auraient une seconde vie car ils n’ont pas besoin d’être performants puisque le logiciel est exécuté à distance.

Les licences d’acquisition seraient transformées en frais annuels. Pour Google Apps, ça représente 50$ par poste annuellement. 30 millions peut paraître une somme énorme, mais elle devient 300 millions sur 10 ans, soit le tiers du projet envisagé. C’est sans compter l’élimination des coûts en soutien technique car ils seraient compris dans ces frais de base. D’ailleurs, 10 ans a été la durée de vie de Windows XP.

Si on estime grossièrement les frais initiaux de migration, on calcule environ 100$ par poste en honoraires de technicien. Ça revient donc à 60 millions.

En résumé, le projet en version nuage sous Google Apps pourrait se chiffrer à 90 millions la première année avec un montant annuel récurrent de 30 millions. Sur 10 ans, les coûts atteindraient 360 millions.

C’est convaincant? Sachez que la résistance au changement est très forte en ce qui concerne le nuage informatique. Aura-t-elle raison sur ces importantes économies potentielles?

Je suggère de considérer toutes les options offertes. Il faut dépenser judicieusement l’argent des contribuables après tout. Bonne réflexion.

Retour sur le premier GouvCamp, Capitale Ouverte et Québec Ouvert

Nous avons eu le plaisir de commanditer et de soutenir la tenue du premier GouvCamp en marge du Web à Québec. Un événement qui a rassemblé 70 personnes dont plus de la moitié était des fonctionnaires provinciaux qui ont discuté librement avec passion de la modernisation de l’état à l’aide des technologies du web.

La session a débuté avec la présentation de Québec Ouvert auquel je suis associé. Ce groupe est composé de membres de Montréal Ouvert, Capitale Ouverte et Gatineau Ouverte aura comme mission de convaincre le gouvernement du Québec d’adopter les recommandations sur les données ouvertes contenues dans le rapport Gautrin qui sera rendu public prochainement.

Au courant de l’après-midi, j’ai pu aussi partager l’excellente nouvelle du lancement du portail de données ouvertes de la Ville de Québec pour lequel j’ai personnellement milité pour au sein du groupe Capitale Ouverte.

Voici un excellent résumé de la journée pris d’un article écrit par Fabien Deglise dans le Devoir ce matin :

La révolution de la communication en format mobile qui se joue en ce moment dans les poches des citoyens, par l’entremise des téléphones intelligents, risque de mettre une pression importante sur les budgets de l’État, qui, pour adapter ses services à cette réalité, va devoir miser sur une collaboration accrue avec des citoyens-programmeurs et sur des politiques d’accès libre à ses données.

via Pour un État à l’ère du numérique dans Le Devoir.