L’administration Obama semble avoir une longueur à l’avance sur la gouvernance et la transparence des projets informatiques gouvernementaux. Ils offrent aux citoyens un site web qui détaille tous les chantiers majeurs en cours en technologies de l’information. Le IT Dashboard permet de naviguer d’un projet à l’autre pour savoir le but du projet et connaître sa santé financière. Le président Obama a aussi nommé un Chief Information Officer (CIO) responsable de tous les dossiers informatiques du gouvernement. Un poste qu’on voit dans toutes les grandes compagnies privées.
Voici une vidéo des explications de Vivek Kundra sur les actions de son gouvernement sur le contrôle des dépenses en technologies. Inspirant, n’est-ce pas?
Vivek Kundra a livré aussi cette présentation l’an passé sur les initiatives informatiques dans le nuage. C’est très intéressant de voir comment chaque agence gouvernementale se concentre à livrer de meilleurs services à la population au lieu de se concentrer sur l’hébergement et l’achat d’équipement informatique.
J’avais pris connaissance d’une série d’articles intéressants dans le Journal de Québec plus tôt cette semaine. Ils relatent l’histoire d’horreur d’une petite firme d’intégration SAP. Ils ont été mandatés par SAAQ au sein du Gouvernement du Québec pour faire une implantation du progiciel. La firme a appris à ses dépens pourquoi les grandes firmes habituées à « dealer » avec le gouvernement budgettent le double du temps normalement nécessaire pour accomplir les travaux.
Le manque flagrant de gouvernance dans les projets informations engendre des situations complètement inacceptables comme celles mentionnées dans l’article :
On interdisait aux analystes d’Etiah de parler aux usagers, ce qui est illogique lorsqu’un logiciel est conçu pour répondre aux besoins de ces derniers. Tout devait passer par quatre niveaux d’approbation et les usagers se trouvaient en bout de ligne, alors qu’ils auraient dû se trouver au tout début du processus.
La SAAQ a imposé à l’équipe d’Etiah un « analyste d’affaire » qui avait le pouvoir d’approuver des documents cruciaux. Ce dernier était un employé de CGI, une firme informatique rivale.
Je peux aussi en témoigner, car j’ai vu les mêmes faits dans d’autres projets. On indique que l’acceptation des travaux était faite par un autre fournisseur. C’est complètement idiot de faire ça. Le client devrait toujours valider les travaux pour lesquels ils payent. C’est à la base de la relation client-fournisseur. Ça ouvre la porte à des abus de pouvoir entre concurrents chez le client.
Un autre article mentionne que la firme Etiah avait été mandatée pour rédiger son propre appel d’offres. Les fournisseurs sont alors impliqués du début à la fin dans le processus d’appel d’offres. Ils déterminent les besoins, ils réalisent le mandat et ensuite ils approuvent le travail. Et celui qui paie, il est où dans le processus?
La présidente du Conseil du Trésor a présenté un projet de loi pour améliorer la gouvernance des projets informatiques au gouvernement du Québec. Aussi, ce projet ouvre grand la porte aux logiciels libres au sein de la fonction publique. C’est le virage que plusieurs dans l’industrie attendaient depuis longtemps. C’était le temps de voir ce poste budgétaire colossal rentrer dans l’espace politique.
La gouvernance des projets informatiques éléphantesques
Ce volet du projet loi sert à corriger le tir dans la gestion des mégas-chantiers en informatique au gouvernement. La quasi-totalité (sinon la totalité) des projets de plus de 5 millions dépasse largement leurs budgets initiaux. La ministre a parlé de rapatrier l’expertise au gouvernement et d’effectuer davantage la gestion de projet par des employés de l’état. D’ailleurs, dans un reportage de Pierre Duchesne de Radio-Canada, la ministre avoue que trop de contrats ont été donnés au privé et on nous apprend que trois firmes à 3 lettres, dont CGI, DMR et LGS, qui se partagent la majorité de la tarte de 2,6 milliards en contrats au gouvernement du Québec.
Les technologies doivent être dans les débats de l’Assemblée nationale
Ça fait quelquefois que je répète ça, mais tant et aussi longtemps que la gestion et les dépenses en technologies de l’information sont absentes de l’espace public, rien ne changera. Je me désole de voir les partis de l’opposition qui épluchent des dossiers insignifiants de contrats de construction de garderies à 200 000 $ alors qu’on dépense 2,6 milliards annuellement en catimini. Les projets informatiques sont mentionnés dans la chambre bleue uniquement lorsqu’un dérapage fait la manchette dans les journaux.
Sur Twitter, une personne avait rapporté les paroles d’une critique de l’opposition responsable de ce dossier. Elle disait que les politiciens n’avaient pas à être connaissants en informatique. C’est vrai, mais leur méconnaissance n’excuse pas leur désintérêt à surveiller comment 2,6 milliards sont dépensés annuellement. Occupez-vous de vos affaires. Si vous n’avez pas la compétence de le faire, demandez de l’aide. L’informatique est un enjeu stratégique dans la reddition de services à sa clientèle. Ceci est aussi valable pour l’appareil gouvernemental qu’une entreprise privée. En plus de ça, le gouvernement 2.0 doit être une préoccupation immédiate pour le parti au pouvoir et les partis de l’opposition. Faites une veille minimale dans le monde pour constater qu’un virage a été entrepris par les différents états ailleurs dans le monde. Regardez en avant et cessez de fixer les rétroviseurs!
Mise à jour 2010-12-10 : J’ai ajouté un lien vers l’excellent résumé de Josée Plamondon et j’ai inclus la vidéo du discours de Michelle Courchesne au Salon du logiciel libre du Québec produite par Christian Aubry.
Une nouvelle qui fait du bien à lire. On est toujours en retard sur le reste du monde, mais tout de même, c’est rassurant que ça se rend dans l’espace politique québécois. Aussi, au gouvernement, quand on fait, on défait rarement. On va bâtir là-dessus.
La présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, prévoit faire une place au logiciel libre dans la politique qu’elle doit bientôt déposer sur la gouvernance et les ressources informationnelles. Déjà, des idées commencent à circuler en dehors du gouvernement sur des moyens à prendre pour structurer le développement de ce modèle.
(…)
Jeudi, l’attachée de presse de Mme Courchesne, Isabelle Mercille, affirmait que «la ministre est sensible à l’évolution de cette industrie-là. Une section sera dédiée spécifiquement au logiciel libre dans la politique-cadre sur la gouvernance et les ressources informationnelles que Mme Courchesne doit déposer à l’automne».