Ne pas confondre « impartition à distance » et « cloud »

Virgin Blue

crédit James Demetrie

Hier ZDNet a publié un article qui décrivait une panne informatique chez la compagnie Virgin Blue en Australie. Dans son communiqué, la compagnie aérienne pointait du doigt son fournisseur de réservation en ligne. La compagnie Navitaire, qui appartient à Accenture, offre un service de réservation qualifié de « cloud » à l’industrie du voyage aérien.

Les détracteurs du « cloud computing » s’en sont réjouis un peu trop rapidement de cette nouvelle. Toutefois, plusieurs informaticiens ont vu que l’offre de Navitaire ne serait pas véritablement du cloud. Si on examine le communiqué de la compagnie, on lit ceci :

At 0800 (AEST) yesterday the solid state disk server infrastructure used to host Virgin Blue failed resulting in the outage of our guest facing service technology systems.

via Virgin Blue.

Une panne de stockage ne devrait jamais affecter un service de « cloud computing ». L’architecture réseau derrière ça ne devrait comprendre aucun point de défaillance unique (Single point of failure). L’offre de Navitaire ressemble davantage à de la simple impartition à distance comprenant du matériel informatique dédié à chacun de ses clients.

Si c’est le cas, le client ne profite pas des gains en fiabilité, la performance et les possibilités d’extensibilité que les services informatiques en nuages peuvent offrir. Ce genre de situation peut donc se reproduire.

Méfiez-vous de l’utilisation du mot « cloud » dans la documentation de vente des services informatiques sur le marché.

La Ville de Los Angèles migre son courriel vers Google Apps

par lightmatter

par lightmatter

Un mystère et un suspense planaient sur la possibilité de voir la Ville de Los Angèles migrer son service de courriel vers Gmail. Et bien, aujourd’hui Google a annoncé la signature d’une entente de 5 ans pour impartir le service de courriel de la Ville de Los Angèles sur Google Apps. Google se voit alors confier la gestion de 34 000 boîtes de courriel. Google Apps est un service destiné entreprises pour offrir les outils de Google en marque blanche. Les outils concernés sont Gmail (courriel), Agenda et Documents.

C’est une très grande nouvelle pour le cloud computing. C’est un appui considérable d’une institution gouvernementale d’une très grande envergure envers ce nouveau modèle de distribution de l’informatique. Un modèle qui ne va pas sans rappeler est le cheval de bataille d’Ovologic.

Voici les raisons énumérées par les décideurs TI à la Ville qui justifient la migration vers cette solution SaaS hébergée à l’externe dans le nuage.

  • Archivage des courriels qu’il ne faisait pas auparavant
  • Capacité de récupération après une panne
  • Déficit municipal de 400 M$ cette année
  • Limites de 25 Go des boites de courriel
  • Aucun besoin de formation, facilité d’utilisation et intuitif
  • Interfaces mobiles pour smartphones (dans la voiture, sur le terrain)
  • Dégage une économie directe de 5,5 M$
  • Retour sur investissement possible de 20M incluant les gains en productivité
  • 85% des utilisateurs auront juste besoin de Google Apps sans utiliser d’autres logiciels sur leur poste de travail
  • Système en haute disponibilité (très peu de pannes)
  • Meilleure sécurité
  • La Ville reste propriétaire des données
  • Le vidéochat évitera le déplacement d’employés pour des réunions
  • Les employés peuvent accéder à leur courriel à distance sans mettre en place un coûteux VPN
  • Collaboration en temps réel sur des documents

J’ai bien hâte de voir quand une municipalité québécoise fera ce genre de décision. Tout en tenant compte du Patriot Act, Google pourra ouvrir un centre de données au Canada.

Quel type d'entreprise doit éviter d'impartir ses TI?

Desjardins avait confié un important mandat d’impartition au Groupe CGI en 2001 d’une valeur de 1,2 milliard $ sur 10 ans. Le contrat vient à échéance en 2011, mais exigeait un préavis de non-renouvellement d’au moins 18 mois. C’est pour cette raison que l’intention de Desjardins de ne pas le reconduire a été rendue publique. Ce n’est pas clair si Desjardins veut reconduire une telle entente avec un autre fournisseur ou si elle préfère rapatrier ses fonctions de TIC à l’interne. Les mois à venir vont nous l’apprendre.

Les TI au coeur de ses opérations

En ce qui concerne Desjardins, je n’ai jamais compris pourquoi une institution financière décide d’impartir son département TI à l’externe. À ce que je sache, une compagnie financière à notre époque opère essentiellement grâce à l’informatique.

Pour une institution financière comme Desjardins, le service aux clients est essentiellement numérique. Les guichets automatiques communiquent avec des serveurs centraux qui gèrent la solde et les avoirs des clients. Le point de service web AccesD offre des transactions informatiques directement à la clientèle. En ce sens, Desjardins est réellement une boîte informatique.

Si une institution financière n’était pas informatisée, j’aurais de sérieuses craintes à lui confier mes économies. Je vérifierais les relevés mensuels deux fois plutôt qu’une!

Impartir son savoir en TI pour une entreprise comme celle-ci, c’est déléguer le coeur de ses opérations à un tiers.

Les TI en appui aux opérations

J’ai personnellement travaillé 2 ans sur un contrat d’impartition semblable à CGI pour Bombardier Aéronautique entre les années 2004 à 2006. Je m’occupais davantage de desservir l’usine de Toronto (anciennement De Havilland), celle qui produisait les fameux turbopropulseurs Dash 8. J’ai même participé au début de ce contrat où plusieurs collègues participèrent au transfert de connaissances sous tension avec les ressources en place depuis des dizaines d’années.

Dans le cas de Bombardier, la mission de l’entreprise était de livrer des avions à ses clients. Je ne doute pas que l’informatique eût un apport important dans la gestion de cette compagnie, mais le produit final livré à la clientèle est complètement indépendant des TI internes.

L’impartition c’est profitable pour qui alors?

Posez-vous la question suivante :

Est-ce que vos employés peuvent éteindre leur poste de travail toute la journée et être minimalement productifs?

Si vous avez répondu oui, vous devriez considérer l’impartition. L’informatique chez vous sert à appuyer les opérations.

Si vous avez répondu non, les processus de votre entreprise sont essentiellement informatisés. Vous êtes une boîte en informatique. Acceptez-le. :-)