Les manchettes qui choquent

Une manchette sur Cyberpresse impressionne et choque ce matin. On nous rapporte dans le titre d’un article que Justice Canada a déboursé 73 millions de dollars pour son site. Si on s’arrête là, on pourrait croire que c’est un autre gouffre gouvernemental. Toutefois, en lisant l’article, ce n’est pas du tout ce qui est rapporté dans le texte.

Dans l’article, on rapporte pourtant que ce montant englobe toutes les dépenses informatiques et de télécommunications (cellulaires) du Ministère depuis 1998 et non seulement le site web. On cite la porte-parole du Ministère :

Dans un courriel adressé à La Presse, la porte-parole du Ministère explique ainsi l’importance de la somme dépensée: «L’information que vous avez reçue porte sur l’ensemble des dépenses en technologies de l’information engagées par Justice Canada depuis 1998, écrit Carole Saindon, conseillère principale. Ces dépenses comprennent, mais sans s’y limiter, tous les contrats de service et tout le matériel informatique pour l’administration centrale et tous les bureaux régionaux.»

Vive les mathématiques

Avant de crier au loup, retournons aux mathématiques que tous ont apprises à la petite école. Ramenons ce montant faramineux sur une base annuelle. Ça revient à des dépenses 5,61 millions par an. Oh! Ça parait déjà moins catastrophique.

Sur le site web du Ministère, c’est indiqué que l’organisme emploie 4800 personnes. Ça revient donc à une dépense 1169 $ par employé par an. Le matériel informatique est amorti aux 3 ans dans les grandes entreprises. On achète donc un ordinateur au trois ans pour chaque personne en temps normal. Ce montant englobe aussi le soutien informatique offert aux employés, aux serveurs informatiques qu’il utilise, les licences des logiciels installés sur sa machine, l’accès internet et, j’assume, le téléphone sur son bureau.

Comparons des pommes avec des pommes

Maintenant, comparons cet organisme à une autre de taille similaire. Par exemple, la Ville de Québec a un budget TIC de 22,3 millions par an (PDF). Elle dénombre environ 5200 employés, soit environ 400 de plus que Justice Canada.

Est-ce que vous êtes moins choqué? Moi je le suis.

Projets informatiques gouvernementaux sans gouvernance

J’avais pris connaissance d’une série d’articles intéressants dans le Journal de Québec plus tôt cette semaine. Ils relatent l’histoire d’horreur d’une petite firme d’intégration SAP. Ils ont été mandatés par SAAQ au sein du Gouvernement du Québec pour faire une implantation du progiciel. La firme a appris à ses dépens pourquoi les grandes firmes habituées à « dealer » avec le gouvernement budgettent le double du temps normalement nécessaire pour accomplir les travaux.

Le manque flagrant de gouvernance dans les projets informations engendre des situations complètement inacceptables comme celles mentionnées dans l’article :

On interdisait aux analystes d’Etiah de parler aux usagers, ce qui est illogique lorsqu’un logiciel est conçu pour répondre aux besoins de ces derniers. Tout devait passer par quatre niveaux d’approbation et les usagers se trouvaient en bout de ligne, alors qu’ils auraient dû se trouver au tout début du processus.

La SAAQ a imposé à l’équipe d’Etiah un « analyste d’affaire » qui avait le pouvoir d’approuver des documents cruciaux. Ce dernier était un employé de CGI, une firme informatique rivale.

via Dany Doucet du Journal de Québec.

Je peux aussi en témoigner, car j’ai vu les mêmes faits dans d’autres projets. On indique que l’acceptation des travaux était faite par un autre fournisseur. C’est complètement idiot de faire ça. Le client devrait toujours valider les travaux pour lesquels ils payent. C’est à la base de la relation client-fournisseur. Ça ouvre la porte à des abus de pouvoir entre concurrents chez le client.

Un autre article mentionne que la firme Etiah avait été mandatée pour rédiger son propre appel d’offres. Les fournisseurs sont alors impliqués du début à la fin dans le processus d’appel d’offres. Ils déterminent les besoins, ils réalisent le mandat et ensuite ils approuvent le travail. Et celui qui paie, il est où dans le processus?

Vie ou mort du mot infonuagique

Marie-Ève Morasse de La Presse m’a appelé il y a quelques semaines après avoir lu mon premier billet défavorable au mot « infonuagique » pour désigner « cloud computing ». Elle écrivait un article sur le niveau d’adoption des mots en technologie inventés par l’Office québécoise de la langue française. L’article a été publié aujourd’hui et voici des extraits où se penche sur « infonuagique » :

Nicolas Roberge est consultant en informatique. Sa spécialité: le stockage de données sur l’internet, appelé en anglais cloud computing. Quand il s’est tourné vers le dictionnaire en ligne de l’Office québécois de la langue française (OQLF) pour savoir comment l’organisme francisait ce terme, ce qu’il y a vu l’a pour le moins surpris: «infonuagique».

«On dirait qu’avec «infonuagique», l’Office a essayé de faire au-delà de ce que les Anglais ont fait. Ils ont inventé un mot. Je n’aime pas la sonorité, qui me fait penser à magique. Je préfère «informatique en nuage» et c’est ce que j’utilise.»

Avec sa résonance toute poétique, le terme «infonuagique» est préféré par l’OQLF à «informatique en nuage» et «informatique nuagière», notamment.

«On propose «infonuagique» en terme principal, mais si, au fil des années, on s’aperçoit que «informatique en nuage» est beaucoup plus adopté, on le choisira comme principale suggestion», dit Martin Bergeron, porte-parole de l’organisme.

(…)

«C’est rare qu’un beau mot meure», croit Nicolas Roberge, qui estime qu’il existe une «sélection naturelle des mots».

via Marie-Ève Morasse de la Presse.

Je me vois rassuré que l’OQLF abandonne certains mots proposés s’ils n’obtiennent pas l’adoption voulue dans l’industrie. Je salue aussi leurs efforts à moderniser la langue française et l’adapter aux changements rapides qu’on vit en technologie. Une langue est avant tout un outil de communication du présent et elle n’appartient pas seulement aux anciennes oeuvres littéraires.

Aussi, je tiens à rectifier que je suis spécialisé dans l’intégration de solutions SaaS et développeur d’applications web. La journaliste a malencontreusement écrit que je suis un spécialiste en stockage. Ceci ne m’empêche pas d’aimer Dropbox! :-)

L'informatisation totale viendra-t-elle un jour?

par JCardinal18

par JCardinal18

L’informatique existe depuis plus de 50 ans. Elle a fait son bout de chemin dans plusieurs industries. Elle est maître dans la quasi-totalité des processus internes des grandes entreprises. Toutefois, quand vient le temps de transiger avec un tiers, l’informatique sort très souvent de l’équation. On transige toujours principalement par courrier ou par téléphone.

Les services en ligne

Les services en ligne semblent toujours considérés comme des projets-pilotes ou un quelconque gadget pour plaire aux jeunes. Une façon d’être à la mode en quelque sorte. Pourquoi avons-nous une gêne d’imposer uniquement la voie électronique? Lorsqu’on décide d’informatiser un processus à l’interne d’une organisation, on numérise tout et on l’impose à ses employés. Pourquoi n’exige-t-on pas cela de nos partenaires externes (clients, fournisseurs, etc.) ?

« Moi, je veux rien savoir de l’interweb! »

Les détracteurs me diront que les services en ligne souffrent de problèmes d’accessibilité. Il faut un ordinateur, une connexion internet rapide et bien évidemment des connaissances pour opérer tout ça. Vous avez parfaitement raison. Toutefois, il faut en être conscient qu’il y a un coût à vouloir plaire à tout le monde.

Coût de vouloir plaire à tout le monde

En voulant satisfaire les clientèles traditionnelles et numériques avec des processus entièrement différents, nous avons deux systèmes parallèles en place. Je tente de sensibiliser mes clients sur le risque d’alourdir le système en place. Où est le gain si on ne fait qu’ajouter sur ce qui se fait déjà? L’informatisation n’a-t-elle pas l’objectif de rendre les processus plus efficient et moins couteux?

L’exemple du chèque bancaire

Je terminerais avec un exemple très facile. Comment fait-on pour transférer 20 $ de votre compte bancaire à celui de votre ami? Vous pourriez faire un transfert à l’aide de l’extranet de votre institution financière (AccesD, Banque en direct, Internat, etc.). La transaction internet est instantanée et entièrement validée au préalable (fonds disponibles, destinataire existant, etc.).

Vous pourriez aussi lui écrire un chèque. Mais, un chèque peut être sans provisions, il peut être falsifié, il peut être adressé à la mauvaise personne ou il peut être perdu dans la malle (c’est ça, mettons). Pour éviter ces erreurs, les banques ont des commis qui vont relire les informations sur les chèques et les transcrire sur informatique. Cette opération a un cout.

Sommes-nous mures pour passer à l’étape suivante?

Il serait grand temps à mon avis de se questionner sur la pertinence de continuer à entretenir ces processus entièrement désuets et par le fait même inefficaces. La population active est-elle prête à ça? Si la voie électronique devient l’unique manière de transiger, est-ce que les réfractaires vont se conformer?