Le néo-luddisme à l'assaut des compteurs intelligents d'Hydro-Québec

Il y a présentement en cours une campagne publicitaire payée par les employés touchés par un important projet de modernisation chez Hydro-Québec. La compagnie veut remplacer tous les anciens compteurs électriques par des appareils plus sophistiqués. De prime abord, quand j’avais su que le projet coûtait aux alentours de 1 milliard de dollars, j’ai tout de suite eu un réflexe négatif et aussitôt pensé qu’on assistait encore à un autre projet éléphant du secteur public. Toutefois, en m’informant davantage, j’ai compris rapidement les bénéfices et le retour sur investissement rapide de ce projet.

Le gaspillage causé par l’utilisation mal répartie

Le réseau électrique est mal optimisé, car la production électrique est constante et son utilisation est irrégulière. Hydro-Québec produit donc de l’électricité pour l’utilisation maximale (la pointe) dans la journée. Le reste de la journée, il est contraint à produire l’énergie qui ne sera pas consommée. Il lui est impossible de l’accumuler, donc c’est gaspillé.

Les compteurs intelligents ou informatisés permettront de varier le prix de l’électricité en fonction de l’heure de la journée. Ainsi, Hydro pourra surfacturer l’électricité aux heures de pointe et l’escompter le reste de la journée. Ainsi, il peut favoriser une consommation plus répartie au courant de la journée. Vous serez incité à faire la lessive en soirée plutôt qu’à l’heure du souper. Hydro indique que 50 % de ses 3,8 millions de compteurs ont atteint leur fin de vie utile et sont maintenant désuets.

263 $ seulement?

Le projet représente 1 milliard de dollars. Ça peut paraître énorme, mais lorsque ce montant est divisé par le nombre de compteurs clients, ça reviendrait à 263 $ installés. Ça reste à vérifier, mais ça ne parait plus très dispendieux finalement.

En plus des considérations environnementales et d’efficacité énergétique, il y a bien sur des considérations sur la diminution des ressources humaines. Depuis le début des temps, on ne cesse d’innover pour cesser de faire des tâches à peu de valeur ajoutée pour les simplifier. C’est le peu de l’industrialisation et de l’informatisation. Faire le tour à pied de maison à maison pour lire des compteurs électriques me parait complètement dépassé. N’importe quel jeune serait étonné que la consommation électrique soit relevée de cette façon. Il sait qu’il peut s’abonner et se désabonner à des chaînes avec son câblodistributeur via internet et son utilisation internet est comptabilisée chez son fournisseur. Pourquoi la compagnie d’électricité devrait-elle être arriérée?

Faut accepter le progrès

Pour revenir aux employés touchés par les éventuelles pertes d’emplois, je trouve que cette campagne réactionnaire et passéiste. C’est un discours misonéiste qui décourage plusieurs personnes dans mon entourage. Ne croyez pas que je suis insensible à ceux qui perdront leur emploi, mais je trouve plus triste d’entretenir des emplois peu valorisants.

Ça m’amène à me questionner si Hydro-Québec a prévu former et reclasser ses employés qui ont plusieurs bonnes années devant eux. Les postes techniques seront de plus en plus difficiles à combler avec la pénurie de main-d’oeuvre qui ne cesse de croître. La portion d’employés encore loin de leur retraite est des ressources humaines précieuses à garder.

Plus d’infos :

Dossier Santé Québec : l'informatique distincte

On apprend après des mois de rumeurs que le projet de dossier de santé électronique coûtera 900 millions de plus que les 563 millions prévus au départ en 2006. Le vérificateur général a publié un rapport sur l’état de ce projet qu’il qualifie d’échec. Malgré que je n’ai pas travaillé directement sur ce projet, plusieurs confrères informaticiens qui ont oeuvré dessus m’ont confié la volonté de réinventer la roue dès le départ. C’est justement ce qui est révélé dans cet article :

Interrogé sur le DSQ en point de presse, M. Lachance a expliqué que, après quatre ans de travail, le ministère de la Santé avait carrément changé de cap. Au lieu de créer une base de données unique qui pourrait être consultée partout au Québec, on s’est rabattu sur la solution qu’avaient choisie toutes les autres provinces, l’arrimage des systèmes qui existaient déjà.

via Denis Lessard de la Presse.

Semble-t-il on a voulu mettre de côté les standards qui sont adoptés à l’échelle internationale pour faire une solution pour notre société distincte. Pourtant, c’est complètement à contre-courant cette façon de faire en TI. Ça va à l’encontre des bonnes pratiques.

Il y a quelques années, c’était les progiciels qui ont amené une vague de standardisation dans le but de réduire les coûts en développement de système neuf. Toutefois, j’avoue que ça n’a pas toujours fonctionné parfaitement. Présentement, on voit la vague des logiciels en ligne (SaaS) où on n’a pas à défrayer pour leur implantation et leur déploiement. Le gouvernement américain a déjà commencé à utiliser des solutions comme Salesforce pour les centres d’appels de certains services. J’ai appris que la solution en ligne de recrutement de Taleo sera utilisée à la nouvelle Agence du revenu du Québec. C’est un pas dans la bonne direction pour mieux contrôler les risques et les coûts.

On n’est pas si différents

Cessons de penser qu’on est différents du reste de la planète. Oui on parle le français différemment de nos cousins à l’autre côté de l’Atlantique et oui, on mange de la poutine. Mais, des systèmes de santé sont semblables à travers le monde.

Manque de direction politique en TI

Arrêtez de confier uniquement aux technocrates les orientations technologiques de l’État. Ce patrimoine numérique (superbe expression propulsée par Cyrille Béraud lors des audiences pour le projet de loi 133) est stratégique dans la réduction de coût et la modernisation de la reddition des services aux citoyens. Toutefois, un député m’avait déjà confié que les technologies c’était l’affaire des fonctionnaires. Si on continue comme ça, la classe politique devra toujours se défendre après des fiascos comme celui-ci.

Ce projet demandait une direction politique claire et ferme. De ce que j’ai compris, les administrateurs de quelques gros centres locaux de santé au Québec se sont imposés au cours du projet. Ceci aurait allongé l’échéancier et aurait du même coup personnalisé davantage la solution finale. La direction du projet aurait dû avoir autorité sur les centres de santé et les hôpitaux du réseau. Les projets importants auxquels j’ai participé et qui ont été un succès étaient dirigés avec aplomb et constance. Le promoteur du projet, en l’occurrence le ministre de la Santé, aurait dû exercer une autorité sur le réseau de la santé jusqu’à écarter les éléments troubles dans la réalisation du projet.

Je réitère ce que je martèle depuis des mois (ici et ici), les TI doivent faire leur entrée dans l’espace politique. Ils doivent y être au moment de leur planification et non seulement quand ils deviennent des scandales médiatiques. Le gouvernement du Québec devrait aller dans le sens des autres gouvernements dans le monde et nommer un responsable politique uniquement pour les technologies de l’information. À 2,5 milliards par année, j’estime que ce poste budgétaire mérite cette attention.

L'informatisation n'est pas terminée, j'ai un papier pour le prouver!

J’ai déjà entendu au début de ma carrière en 1997 qu’on était dans une deuxième étape de l’informatique. On était à une époque de modernisation. L’informatisation en tant que telle était une affaire classée qui s’est produite dans les années 60 à 80. Mais, je suis forcé d’admettre que c’est loin d’être terminé en 2010. Je suis toujours impressionné par le brassage de papier qui existe encore dans plusieurs domaines. On n’a qu’à penser au droit, aux finances, en éducation et à la médecine où le papier fait encore légion. L’archivage se fait dans des dossiers de classeurs immenses et très peu est numérisé.

L’essentiel de la communication officielle écrite avec les organismes publics et privés est encore envoyé par la poste. On remplit des formulaires papier sans cesse. La seule avancée est que ces derniers sont disponibles en téléchargement en PDF sur plusieurs sites. Mais, il faut tout de même les signer et les poster.

Aussi, j’ai récemment inscrit mon fils à l’école primaire et je redécouvre un système scolaire qui n’a pas changé depuis 20 ans. Je me suis fait remettre de la documentation imprimée sur de jolies feuilles de couleurs différentes. Des feuilles, une fois rendues à la maison, que je ne sais plus où classer, j’en ai déjà trop de paperasse. Il ne faudra pas les jeter, il y a plein de directives et d’informations d’horaire. De plus, la directrice de l’école nous annonce que cette année ils vont inaugurer leur premier site web. Je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle ou une triste nouvelle. Un organisme qui a tant à communiquer avec sa clientèle n’avait pas de site web 20 ans après l’invention du web. Une clientèle composée de parents de jeunes enfants qui sont normalement des enfants eux-mêmes d’internet.

Le travail n’est pas fini. Je me réjouis tout de même que les choses semblent s’accélérer depuis quelques années. Croisons nos doigts!

L'informatisation totale viendra-t-elle un jour?

par JCardinal18

par JCardinal18

L’informatique existe depuis plus de 50 ans. Elle a fait son bout de chemin dans plusieurs industries. Elle est maître dans la quasi-totalité des processus internes des grandes entreprises. Toutefois, quand vient le temps de transiger avec un tiers, l’informatique sort très souvent de l’équation. On transige toujours principalement par courrier ou par téléphone.

Les services en ligne

Les services en ligne semblent toujours considérés comme des projets-pilotes ou un quelconque gadget pour plaire aux jeunes. Une façon d’être à la mode en quelque sorte. Pourquoi avons-nous une gêne d’imposer uniquement la voie électronique? Lorsqu’on décide d’informatiser un processus à l’interne d’une organisation, on numérise tout et on l’impose à ses employés. Pourquoi n’exige-t-on pas cela de nos partenaires externes (clients, fournisseurs, etc.) ?

« Moi, je veux rien savoir de l’interweb! »

Les détracteurs me diront que les services en ligne souffrent de problèmes d’accessibilité. Il faut un ordinateur, une connexion internet rapide et bien évidemment des connaissances pour opérer tout ça. Vous avez parfaitement raison. Toutefois, il faut en être conscient qu’il y a un coût à vouloir plaire à tout le monde.

Coût de vouloir plaire à tout le monde

En voulant satisfaire les clientèles traditionnelles et numériques avec des processus entièrement différents, nous avons deux systèmes parallèles en place. Je tente de sensibiliser mes clients sur le risque d’alourdir le système en place. Où est le gain si on ne fait qu’ajouter sur ce qui se fait déjà? L’informatisation n’a-t-elle pas l’objectif de rendre les processus plus efficient et moins couteux?

L’exemple du chèque bancaire

Je terminerais avec un exemple très facile. Comment fait-on pour transférer 20 $ de votre compte bancaire à celui de votre ami? Vous pourriez faire un transfert à l’aide de l’extranet de votre institution financière (AccesD, Banque en direct, Internat, etc.). La transaction internet est instantanée et entièrement validée au préalable (fonds disponibles, destinataire existant, etc.).

Vous pourriez aussi lui écrire un chèque. Mais, un chèque peut être sans provisions, il peut être falsifié, il peut être adressé à la mauvaise personne ou il peut être perdu dans la malle (c’est ça, mettons). Pour éviter ces erreurs, les banques ont des commis qui vont relire les informations sur les chèques et les transcrire sur informatique. Cette opération a un cout.

Sommes-nous mures pour passer à l’étape suivante?

Il serait grand temps à mon avis de se questionner sur la pertinence de continuer à entretenir ces processus entièrement désuets et par le fait même inefficaces. La population active est-elle prête à ça? Si la voie électronique devient l’unique manière de transiger, est-ce que les réfractaires vont se conformer?