Google tire la "plug" sur Wave

Hier, Google a annoncé qu’il cessait le développement de son produit novateur et très incompris Google Wave. J’en avais parlé sur ce blogue le 2 octobre 2009 avec un billet ayant le titre très révélateur : Mais diable qu’est-ce que Google Wave? J’avais personnellement beaucoup de misère à comprendre l’utilité de ce service au moment de son annonce. Je voyais tout de même l’innovation derrière le service. Les fonctionnalités de collaboration en temps réel nous avaient beaucoup impressionnés. Mais, je ne voyais pas vraiment l’utilité à ça.

Je comprends que certaines technologies répandues sont nées grâce aux innovations de Google Wave. On n’a qu’à penser au standard oEmbed qui permet de faciliter l’intégration de contenus externes sur un blogue. En plus de ça, Google semble avoir repris les fonctionnalités de collaboration en temps réel dans Google Docs.

Un gouvernement ouvert sème l'innovation chez ses concitoyens

Quel est l’intérêt pour les gouvernements fédéraux, provinciaux et municipaux de rendre accessibles certaines données qu’ils détiennent au public ? Comme les Anglo-saxons le disent si bien : « What’s in it for me? » La réponse est d’une simplicité désarmante.

La très grande majorité des informations détenues par les villes et les gouvernements sont de nature publique. Un citoyen fait une demande d’accès à l’information et le détenteur des données doit lui répondre dans les délais prescrits par la loi. Comme je l’ai démontré dans mon précédent billet intitulé « Gouvernement ouvert : le Québec peut-il offrir ses données sur le web? », il s’agit d’un instrument redoutable en ce qui concerne cette question.

Depuis des années, on s’attend de la part des organismes publics qu’ils nous fournissent de nouveaux services en ligne. On les compare à d’autres gouvernements à travers le monde et on se plaint ouvertement de leur retard. Mais pourquoi en est-il ainsi ? En fait, ces organismes ne disposent tout simplement pas du temps requis pour la réalisation de tels projets, ni des ressources, ni des budgets appropriés pour s’y lancer tous azimuts.

Comme le souligne Luc Fournier sur Twitter : « C’est le citoyen qui paye. Il faut à quelque part suivre son rythme sans quoi on investit pour une minorité ». Personnellement, je pense qu’il a raison, car actuellement, la majorité des citoyens n’ont pas encore vraiment besoin de ces services en ligne. Conséquemment, ceux-ci ne viseraient qu’une minorité de technophiles.

À n’en pas douter, cette clientèle aujourd’hui émergente deviendra, au fil des années, non pas l’exception, mais la règle. Il existe donc une solution toute simple : l’innovation ouverte.

L’innovation ouverte, vous connaissez?

Un gouvernement ou une ville ne peut a priori savoir de façon précise ce dont le citoyen a réellement besoin. Lorsque les organismes publics libèrent leurs données publiques sur le Web, elles offrent ainsi aux citoyens quelque chose à moudre. Ceux-ci se mettent alors à concocter des solutions parfois fort imaginatives et intéressantes, ce qui permet de réaliser des économies importantes pour l’ensemble de tous les contribuables. Ce faisant, on favorise la création d’un écosystème d’innovations informatiques autour de ces données et services. On parle alors de « crowdsourcing » ou d’externalisation ouverte. On laisse les autres trouver des solutions pour nous. De nouveaux outils auxquels on n’aurait jamais pensé et conçus par des citoyens sont susceptibles de voir le jour plus rapidement. Il faut ici se rappeler que des milliers de têtes valent plus qu’une !

Sachez que l’innovation ouverte ne se planifie et ne se contrôle pas. On ne peut que la favoriser. On offre ce qu’on peut en ligne, et on laisse les autres penser à des usages originaux. On sème ses graines et on arrose. C’est tout.

Est-ce que ça risque d’être un peu anarchique? Peut-être. Mais, sachez que le statu quo est pire. À l’heure actuelle, les innovations de ce type sont la responsabilité des gouvernements et, avouons-le, c’est assez timide de ce côté.

Des exemples

Vous pensez que tout ça est une utopie ? Détrompez-vous. Voici quelques exemples concrets :

Ouverture des données publiques

Martin Demers de Aragosoft avait fait la manchette à l’été 2009 lorsqu’il a publié l’application RTC Mobile qui permettait d’obtenir les horaires des autobus du Réseau de transport de la Capitale (RTC). Martin a tout simplement développé l’application sans avertir la RTC au préalable. Une application qui lit les données des horaires qui sont offerts publiquement sur le site web du RTC. Cette innovation est née bien malgré que le RTC n’ait jamais proposé ouvertement ses horaires en fichier format informatique (XLS, CSV, XML, etc.). Cette application a été téléchargée 3 000 fois et elle fait le bonheur de 650 personnes au quotidien. Jusqu’à ce jour, elle s’est autofinancée et la RTC n’a jamais eu à débourser pour cette application.

D’un autre côté, la Société de transport de Montréal a récemment bloqué l’accès à ses horaires au développeur de l’application STM Mobile. L’application avait pourtant été téléchargée 10 000 fois depuis deux ans avant que le programmeur se fasse fermer la porte par la STM. Tout le monde est perdant. La STM doit maintenant payer le développement et se doter d’une d’application mobile. Le développeur n’a plus son gagne-pain qu’il méritait en rétribution aux heures de travail investies. Les usagers du transport en commun, qui sont naturellement mobiles, n’ont plus accès aux horaires sur leurs cellulaires. Une situation triplement perdante!

La Société de Transport de Laval (STL) a fait le contraire. Ils ont plutôt contracté le même développeur, Ian Cloutier (développeur de STM Mobile), pour qu’il leur crée une application. Ils offrent maintenant une application iPhone officielle. Toutefois, la STL étant propriétaire de l’application devient par la bande responsable de son évolution et de son soutien technique. Elle devient une vendeurse de logiciels. La STL est dans la business des autobus à ce que je sache. Une simple offre ouverte de ses horaires en format électronique sur son site web aurait pu engendrer le développement de divers outils originaux par la communauté.

Ouverture des systèmes informatiques

Lors du dernier Webcamp Québec, j’ai fait une courte présentation du standard Open311. Sachez que le service téléphonique 3-1-1 est implanté à Gatineau, Laval et Montréal. Il sert à signaler un problème non urgent à la ville à un endroit géographique donné. Toutefois, l’API Open311 va plus loin. C’est un moyen d’interroger directement les systèmes informatiques d’une ville. Les villes de Washington D.C. et San Francisco offrent présentement cette interface aux développeurs d’application.

Cet API a permis la création de sites web indépendants pour signaler des nids de poule. L’internaute peut se rendre dans ce site pour indiquer le problème avec photo et coordonnées GPS. L’avis est ainsi envoyé directement dans les systèmes informatiques de la Ville en question sans l’intervention d’un préposé. Le système informatique de la Ville peut même retourner le numéro de dossier au demandeur pour lui permettre de connaître l’état d’avancement de sa requête sans solliciter un employé de la ville.

L’interopérabilité des systèmes informatiques de nos jours permet aussi le développement d’applications sur des appareils mobiles comme iPhone, BlackBerry et Android pour interfacer l’API Open311 et ainsi interagir avec sa ville d’une tout autre manière.

Citoyens patenteux : à vos claviers!

Un gouvernement ouvert croit à l’ingéniosité de ses concitoyens. Une doctrine qui me rappelle la phrase célèbre de John F. Kennedy : « Ask not what your country can do for you, ask what you can do for your country ». Ils pourront donner une seconde vie à des données et des systèmes informatiques.

L'innovation et l'amélioration continue chez Facebook

Je vous présente une vidéo officiel produite par Facebook. Elle explique leur philosophie sur l’innovation. Chaque employé a un rôle à jouer dans l’innovation et il peut expérimenter sur son temps de travail. Une philosophie intéressante qu’on voit de plus en plus dans ce type d’entreprise. Connaissez-vous d’autres employeurs qui laissent autant de liberté à leurs employés?

Aussi, le président Mark Zuckerberg dit qu’ils poussent des mises à jour du site tous les soirs. L’amélioration continue est ainsi réellement en application dans cette entreprise. Je vous invite à lire mon billet sur le déploiement fréquent de corrections à vos utilisateurs. Le déploiement en environnement production devrait être un processus opérationnel de base et non une opération spéciale dans un département informatique.

L'innovation a-t-elle le dessus sur l'assurance qualité?

Le succès de différents services sur internet dit « web 2.0 » est indéniable. Prenons l’exemple de Twitter, ce réseau social où ses membres diffusent de courts messages textes de 140 caractères à d’autres membres qui sont abonnés à leurs mises à jour. Ce site a vécu et vit toujours d’importantes difficultés de « scalability » ou d’extensibilité (merci l’OLF). L’adoption du site par les internautes n’a jamais été ralentie par ses innombrables problèmes techniques. Lorsqu’on parle de ses problèmes techniques, ils sont sérieux :

  1. Perte de données : des messages ont été perdus.
  2. Violation de la confidentialité : des messages privés entre membres sont apparus dans les messages publics.
  3. Pannes intermittentes : tous les jours, il y a des périodes aléatoires où le système ne répond pas.

Normalement, ce genre de problèmes sont suffisants pour décourager et effrayer les utilisateurs. Mais, au contraire, le site continue à croitre en membres. Alors, je me questionne : l’innovation qu’un service amène dans la vie des utilisateurs a-t-elle plus d’importance que sa fiabilité?

par karpidis

par karpidis

Je viens de l’école de pensée qu’il faut livrer des produits de qualité supérieure au risque de livrer en retard. Il ne faut pas livrer des bogues majeures qui pourraient causer un préjudice envers l’utilisateur. Mais, est-ce que cette école de pensée est désuète?

Cette obsession de la perfection nuit-elle au TTM (« time-to market »)? Si on livre trop tard à nos utilisateurs, risquons-nous de perdre la fenêtre d’opportunité de faire une différence dans sa vie?

Je vous avoue que je ne sais pas sur quel pied danser sur cette question. Possiblement, les microlivraisons permettent de remplir ces deux objectifs. Si l’usager a un besoin pressant, serait-il plus judicieux de lui offrir une solution simple sans artifices rapidement? Si le besoin évolue, peut-on faire évoluer intelligemment ce produit? Qu’en pensez-vous?