Un gouvernement ouvert sème l'innovation chez ses concitoyens

Quel est l’intérêt pour les gouvernements fédéraux, provinciaux et municipaux de rendre accessibles certaines données qu’ils détiennent au public ? Comme les Anglo-saxons le disent si bien : « What’s in it for me? » La réponse est d’une simplicité désarmante.

La très grande majorité des informations détenues par les villes et les gouvernements sont de nature publique. Un citoyen fait une demande d’accès à l’information et le détenteur des données doit lui répondre dans les délais prescrits par la loi. Comme je l’ai démontré dans mon précédent billet intitulé « Gouvernement ouvert : le Québec peut-il offrir ses données sur le web? », il s’agit d’un instrument redoutable en ce qui concerne cette question.

Depuis des années, on s’attend de la part des organismes publics qu’ils nous fournissent de nouveaux services en ligne. On les compare à d’autres gouvernements à travers le monde et on se plaint ouvertement de leur retard. Mais pourquoi en est-il ainsi ? En fait, ces organismes ne disposent tout simplement pas du temps requis pour la réalisation de tels projets, ni des ressources, ni des budgets appropriés pour s’y lancer tous azimuts.

Comme le souligne Luc Fournier sur Twitter : « C’est le citoyen qui paye. Il faut à quelque part suivre son rythme sans quoi on investit pour une minorité ». Personnellement, je pense qu’il a raison, car actuellement, la majorité des citoyens n’ont pas encore vraiment besoin de ces services en ligne. Conséquemment, ceux-ci ne viseraient qu’une minorité de technophiles.

À n’en pas douter, cette clientèle aujourd’hui émergente deviendra, au fil des années, non pas l’exception, mais la règle. Il existe donc une solution toute simple : l’innovation ouverte.

L’innovation ouverte, vous connaissez?

Un gouvernement ou une ville ne peut a priori savoir de façon précise ce dont le citoyen a réellement besoin. Lorsque les organismes publics libèrent leurs données publiques sur le Web, elles offrent ainsi aux citoyens quelque chose à moudre. Ceux-ci se mettent alors à concocter des solutions parfois fort imaginatives et intéressantes, ce qui permet de réaliser des économies importantes pour l’ensemble de tous les contribuables. Ce faisant, on favorise la création d’un écosystème d’innovations informatiques autour de ces données et services. On parle alors de « crowdsourcing » ou d’externalisation ouverte. On laisse les autres trouver des solutions pour nous. De nouveaux outils auxquels on n’aurait jamais pensé et conçus par des citoyens sont susceptibles de voir le jour plus rapidement. Il faut ici se rappeler que des milliers de têtes valent plus qu’une !

Sachez que l’innovation ouverte ne se planifie et ne se contrôle pas. On ne peut que la favoriser. On offre ce qu’on peut en ligne, et on laisse les autres penser à des usages originaux. On sème ses graines et on arrose. C’est tout.

Est-ce que ça risque d’être un peu anarchique? Peut-être. Mais, sachez que le statu quo est pire. À l’heure actuelle, les innovations de ce type sont la responsabilité des gouvernements et, avouons-le, c’est assez timide de ce côté.

Des exemples

Vous pensez que tout ça est une utopie ? Détrompez-vous. Voici quelques exemples concrets :

Ouverture des données publiques

Martin Demers de Aragosoft avait fait la manchette à l’été 2009 lorsqu’il a publié l’application RTC Mobile qui permettait d’obtenir les horaires des autobus du Réseau de transport de la Capitale (RTC). Martin a tout simplement développé l’application sans avertir la RTC au préalable. Une application qui lit les données des horaires qui sont offerts publiquement sur le site web du RTC. Cette innovation est née bien malgré que le RTC n’ait jamais proposé ouvertement ses horaires en fichier format informatique (XLS, CSV, XML, etc.). Cette application a été téléchargée 3 000 fois et elle fait le bonheur de 650 personnes au quotidien. Jusqu’à ce jour, elle s’est autofinancée et la RTC n’a jamais eu à débourser pour cette application.

D’un autre côté, la Société de transport de Montréal a récemment bloqué l’accès à ses horaires au développeur de l’application STM Mobile. L’application avait pourtant été téléchargée 10 000 fois depuis deux ans avant que le programmeur se fasse fermer la porte par la STM. Tout le monde est perdant. La STM doit maintenant payer le développement et se doter d’une d’application mobile. Le développeur n’a plus son gagne-pain qu’il méritait en rétribution aux heures de travail investies. Les usagers du transport en commun, qui sont naturellement mobiles, n’ont plus accès aux horaires sur leurs cellulaires. Une situation triplement perdante!

La Société de Transport de Laval (STL) a fait le contraire. Ils ont plutôt contracté le même développeur, Ian Cloutier (développeur de STM Mobile), pour qu’il leur crée une application. Ils offrent maintenant une application iPhone officielle. Toutefois, la STL étant propriétaire de l’application devient par la bande responsable de son évolution et de son soutien technique. Elle devient une vendeurse de logiciels. La STL est dans la business des autobus à ce que je sache. Une simple offre ouverte de ses horaires en format électronique sur son site web aurait pu engendrer le développement de divers outils originaux par la communauté.

Ouverture des systèmes informatiques

Lors du dernier Webcamp Québec, j’ai fait une courte présentation du standard Open311. Sachez que le service téléphonique 3-1-1 est implanté à Gatineau, Laval et Montréal. Il sert à signaler un problème non urgent à la ville à un endroit géographique donné. Toutefois, l’API Open311 va plus loin. C’est un moyen d’interroger directement les systèmes informatiques d’une ville. Les villes de Washington D.C. et San Francisco offrent présentement cette interface aux développeurs d’application.

Cet API a permis la création de sites web indépendants pour signaler des nids de poule. L’internaute peut se rendre dans ce site pour indiquer le problème avec photo et coordonnées GPS. L’avis est ainsi envoyé directement dans les systèmes informatiques de la Ville en question sans l’intervention d’un préposé. Le système informatique de la Ville peut même retourner le numéro de dossier au demandeur pour lui permettre de connaître l’état d’avancement de sa requête sans solliciter un employé de la ville.

L’interopérabilité des systèmes informatiques de nos jours permet aussi le développement d’applications sur des appareils mobiles comme iPhone, BlackBerry et Android pour interfacer l’API Open311 et ainsi interagir avec sa ville d’une tout autre manière.

Citoyens patenteux : à vos claviers!

Un gouvernement ouvert croit à l’ingéniosité de ses concitoyens. Une doctrine qui me rappelle la phrase célèbre de John F. Kennedy : « Ask not what your country can do for you, ask what you can do for your country ». Ils pourront donner une seconde vie à des données et des systèmes informatiques.

L'importance du canal de distribution dans la vente de logiciels

Le 18 septembre j’ai participé et labouré au premier tournoi de golf TechnOpen organisé par la VETIQ et Pôle Québec-Chaudières-Appalaches. Le golf n’est pas une passion pour moi et j’ai le talent qui va avec. Mais, j’ai eu le plaisir de jouer avec Marc Lacoursière de RooSoft, Hugo Morin de Humagade/Frima Studio et Sylvain Labrèque de Robin Veilleux. Sylvain nous a permis d’obtenir un score intéressant de -4. Comme Hugo a dit, « There’s no I in team », alors on peut dire que nous avons très bien performé en équipe.

Pendant la partie, on a eu une discussion particulièrement intéressante avec Hugo sur l’importance des canaux de distribution dans son industrie. Il nous a parlé des difficultés qu’il a connues à l’époque des jeux pour téléphones cellulaires génériques avant le iPhone. Les jeux étaient tous distribués par les opérateurs. Il fallait alors les approcher un à un. L’expérience de magasinage était aussi rudimentaire, car le concepteur du jeu avait peu de place pour décrire l’application et n’avait pas la possibilité de fournir un aperçu (screenshot) de l’application.

Depuis la venue de l’iPhone, la distribution est très simplifiée. Les utilisateurs de ces appareils peuvent facilement consulter le catalogue des applications disponibles. L’achat se fait aussi directement avec Apple. Tout est ainsi centralisé.

Mais, on ne peut crier victoire avec ce modèle. J’ai toutefois des réserves sur ce « one-stop shop » qui a un monopole sur les frais de transactions. L’utilisateur a la vie facilitée, mais on peut douter qu’il paie le juste le prix pour les services qu’il obtient.

Sur ce, je vous laisse avec une entrevue de Hugo Morin réalisée au Sommet international du jeu de Montréal en 2008 avec le Lien Multimédia.

RTC Mobile pour connaître l'horaire des autobus sur son iPhone

iPhone-RTCMobile1ENJ’ai appris ce matin grâce à un article dans le Soleil de l’existence d’une application développée pour le iPhone qui permet facilement d’avoir les horaires d’autobus sur le pouce. L’application a été développée par Martin Demers et sa compagnie AragoSoft. Elle n’est pas affiliée officiellement au RTC. Elle utilise les données publiques disponibles déjà sur le site web.

Le RTC aurait à gagner à rendre accessibles plus de données sur l’état de son service par un API ouvert. Ça aide à rendre accessible d’information qu’elle tente de diffuser et en répartissant les coûts de développement à des tiers. Je tiens à féliciter M. Demers pour son initiative. Parfois, c’est la meilleure façon de réaliser des choses avec les organismes publics. J’appelle ça la méthode du fait accompli.

Quand l’initiative est réalisée et a un certain succès, ça serait très mal avisé de tenter de la freiner. On n’a qu’à penser à l’application de Sparko pour les vélos Bixi. Stationnements de Montréal leur a envoyé une mise en demeure pour qu’ils cessent de distribuer l’application. Souhaitons que le RTC aura plus d’ouverture que ça.

Je ne comprends pas toujours pourquoi ils ont fait développer un système isolé comme Trajecto alors qu’ils auraient pu s’intégrer à Google Maps comme l’a fait la STM à Montréal en collaboration avec l’École Polytechnique. Peut-être que c’est possible, et je souhaite que ce soit planifié.

Mise à jour 2009-08-01 22:30 : Karine Simard m’a fait découvrir un deuxième article dans le Soleil qui parle plus précisément de Trajecto et l’absence du RTC dans Google Transit.

Je veux surtout que lisez ce paragraphe. On parle du refus de prendre la solution gratuite de Google. On privilégie la solution Hashtus de GIRO qui a coûté 500 000 $ à implanter.

Quand Google a approché le RTC, ce dernier a répondu non merci, bien que le service soit totalement gratuit (mais des employés doivent être dégagés pour collaborer avec Google et mettre le service en place). Selon M.?Beaurivage, le système n’était pas encore au point au moment de l’approche de Google, en plus du fait que le développement de l’application Trajecto était assez avancé. Le RTC a aussi choisi de «développer sa propre application centralisée», explique ensuite M.?Beaurivage, pour que toute l’information, y compris les horaires, les tarifs, les avis, se trouve à un seul endroit, sur le même site Web, et pour simplifier la gestion.

Twitter pour les avis de fermeture d'écoles

Les institutions d’enseignement gagneraient à utiliser des solutions très simples et accessibles pour diffuser les messages instantanés aux parents et élèves. Twitter est un réseau social qui permet de diffuser de courts messages de 140 caractères à une liste d’abonnés (ou followers).

Si les écoles se créaient un compte sur ce réseau, les parents et élèves pourraient s’abonner à leur fils de messages. Ensuite, les responsables auraient plusieurs moyens d’émettre les messages tels que téléphones intelligents (BlackBerry, iPhone, etc.), ordinateurs avec fureteur, messagerie instantanée, MINIMESSAGE (SMS), etc.

La technologie existe et elle est gratuite. Ça rend les appels aux stations de radio le matin d’une tempête relativement désuets. J’imagine que les radios détestent énumérer les centaines d’écoles de la localité à chaque fois qu’il neige plus qu’à la normale.

Les écoles peuvent aussi afficher les derniers messages Twitter sur leur page d’accueil ou à l’endroit approprié sur leur site web. Ils n’ont qu’à utiliser des widgets déjà existants et gratuits.