L'informatisation n'est pas terminée, j'ai un papier pour le prouver!

J’ai déjà entendu au début de ma carrière en 1997 qu’on était dans une deuxième étape de l’informatique. On était à une époque de modernisation. L’informatisation en tant que telle était une affaire classée qui s’est produite dans les années 60 à 80. Mais, je suis forcé d’admettre que c’est loin d’être terminé en 2010. Je suis toujours impressionné par le brassage de papier qui existe encore dans plusieurs domaines. On n’a qu’à penser au droit, aux finances, en éducation et à la médecine où le papier fait encore légion. L’archivage se fait dans des dossiers de classeurs immenses et très peu est numérisé.

L’essentiel de la communication officielle écrite avec les organismes publics et privés est encore envoyé par la poste. On remplit des formulaires papier sans cesse. La seule avancée est que ces derniers sont disponibles en téléchargement en PDF sur plusieurs sites. Mais, il faut tout de même les signer et les poster.

Aussi, j’ai récemment inscrit mon fils à l’école primaire et je redécouvre un système scolaire qui n’a pas changé depuis 20 ans. Je me suis fait remettre de la documentation imprimée sur de jolies feuilles de couleurs différentes. Des feuilles, une fois rendues à la maison, que je ne sais plus où classer, j’en ai déjà trop de paperasse. Il ne faudra pas les jeter, il y a plein de directives et d’informations d’horaire. De plus, la directrice de l’école nous annonce que cette année ils vont inaugurer leur premier site web. Je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle ou une triste nouvelle. Un organisme qui a tant à communiquer avec sa clientèle n’avait pas de site web 20 ans après l’invention du web. Une clientèle composée de parents de jeunes enfants qui sont normalement des enfants eux-mêmes d’internet.

Le travail n’est pas fini. Je me réjouis tout de même que les choses semblent s’accélérer depuis quelques années. Croisons nos doigts!

Le papier est roi dans les hôpitaux

Les hôpitaux sont les enfants pauvres de la numérisation. Il ne faut pas confondre numérisation et informatisation. Ce sont deux termes bien différents. L’informatisation consiste à augmenter le nombre d’ordinateurs ou leur disponibilité. Alors que la numérisation est l’acte de transférer des objets du monde dit réel au monde virtuel. Dans le cas précis des hôpitaux, on parle des dossiers médicaux des patients.

Addressograph

Adressographe

Aujourd’hui, mon fils s’est fait opérer en chirurgie d’un jour pour une intervention de routine. J’ai été impressionné par le nombre de fois que sa carte d’hôpital a servi à imprimer ses renseignements sur des papiers NCR. L’utilisation de l’adressographe est abusive. À notre arrivée, je crois que l’infirmière à l’accueil l’a utilisé au moins 8 fois pour autant de formulaires. Elle les a ensuite mis sur un presse-papier métallique. Il nous a alors suivis dans chacun des départements.

Vive la paperasse!

Toutes les fois que je visite un hôpital, je suis sidéré de voir la quantité de papier. Il y a tellement de papier, que les messagers ont des véhicules électriques pour circuler dans les corridors. Les ordinateurs sont nombreux, mais ils semblent servir à faire des démonstrations des économiseurs d’écrans (screensavers) de Windows.

Les notes manuscrites

L’illisibilité des notes est fréquente et le personnel doit souvent poser les mêmes questions. Ceci doit surement les désinformer et conséquemment les amener à faire des erreurs. Imaginez si vous êtes inconscient et vous n’avez pas d’accompagnateur de confiance avec vous : le seul support de données sur votre condition est un simple presse-papier avec des notes écrites à la main sur des feuilles.

Étant un enfant du numérique, j’appréhende beaucoup cet aspect du système médical. Comme patient, je m’inquiète beaucoup. Connaissant les bienfaits de partage d’information et bien évidemment de lisibilité dans les systèmes informatisés, j’estime que le système actuel est vulnérable aux erreurs médicales.

Notre mécanicien est mieux organisé

Lorsqu’on va faire réparer notre automobile au concessionnaire, ils notent tout dans l’ordinateur. Oui, j’avoue qu’ils impriment le bon de commande pour le mécanicien, mais les remarques de ce dernier reviennent dans le dossier informatisé. Quand la réparation est terminée et on paie, ils peuvent nous fournir un rapport complet de toute l’intervention. Et saviez-vous quoi? Ils le conservent numériquement! Ils n’imprimeront pas toute la réparation et ne l’enverront pas aux « archives ».

Où commencer?

Je crois que la numérisation des dossiers médicaux devrait se faire en petits pas. Il y a trop d’intervenants et trop de manières de procéder. Je vais dans le sens des propos de Patrice Caron lors de son intervention au WebCamp du 16 juin dernier. Il va falloir plutôt implanter des standards et des formats ouverts. Aux États-Unis, un organisme a été créé pour imposer des standards communs dans l’industrie médicale. Au Québec, il existe un projet en cours qu’on nomme le Dossier de santé du Québec (DSQ). J’ignore toutefois la progression de ce dossier, je ne suis pas un expert en la matière.

Que penses-vous de cet enjeu? Avez-vous les mêmes inquiétudes que moi lorsque vous faites affaires avec le milieu médical? Travaillez-vous sur le DSQ? Si oui, où en sommes-nous rendus?