Cette question est fondamentale quand on parle de données ouvertes. En théorie, l’État est une entité issue de population. Elle est financée par ces derniers dans le but de les servir. Fondamentalement, l’État n’existe pas sans ses citoyens. Elle n’est rien sans ces derniers. Alors quel en est-il de la propriété intellectuelle de ses données? Est-ce qu’elles appartiennent à la population ou aux personnes morales des structures administratives de l’État telles que les ministères et organismes?
Je n’ai pas approfondi l’aspect juridique de cette question, car ça dépasse largement mes compétences. La question n’est pas là. Mon questionnement est avant tout fondamental.
Plusieurs pays où l’on offre des données ouvertes ont une santé démocratique supérieure à la moyenne. Ils sont souvent dirigés par un élu qui s’est fait élire sur des principes de transparence et en promettant de rendre compte à la population. L’État est redevable au service du citoyen.
Alors, comment explique-t-on le retard au Québec sur l’offre publique des données ouvertes? Est-ce que nos administrations publiques ne partagent pas ces valeurs de transparence? Comment perçoivent-ils la propriété intellectuelle des données qu’ils détiennent? Est-ce qu’ils se voient comme une entité séparée de sa propre population?
Si on cessait de parler « du gouvernement » et on commençait de parler de nous. C’est nous le gouvernement. Nous voulons avoir accès à ce qui nous appartient. Merci de nous le rendre.
J’avais pris connaissance d’une série d’articles intéressants dans le Journal de Québec plus tôt cette semaine. Ils relatent l’histoire d’horreur d’une petite firme d’intégration SAP. Ils ont été mandatés par SAAQ au sein du Gouvernement du Québec pour faire une implantation du progiciel. La firme a appris à ses dépens pourquoi les grandes firmes habituées à « dealer » avec le gouvernement budgettent le double du temps normalement nécessaire pour accomplir les travaux.
Le manque flagrant de gouvernance dans les projets informations engendre des situations complètement inacceptables comme celles mentionnées dans l’article :
On interdisait aux analystes d’Etiah de parler aux usagers, ce qui est illogique lorsqu’un logiciel est conçu pour répondre aux besoins de ces derniers. Tout devait passer par quatre niveaux d’approbation et les usagers se trouvaient en bout de ligne, alors qu’ils auraient dû se trouver au tout début du processus.
La SAAQ a imposé à l’équipe d’Etiah un « analyste d’affaire » qui avait le pouvoir d’approuver des documents cruciaux. Ce dernier était un employé de CGI, une firme informatique rivale.
Je peux aussi en témoigner, car j’ai vu les mêmes faits dans d’autres projets. On indique que l’acceptation des travaux était faite par un autre fournisseur. C’est complètement idiot de faire ça. Le client devrait toujours valider les travaux pour lesquels ils payent. C’est à la base de la relation client-fournisseur. Ça ouvre la porte à des abus de pouvoir entre concurrents chez le client.
Un autre article mentionne que la firme Etiah avait été mandatée pour rédiger son propre appel d’offres. Les fournisseurs sont alors impliqués du début à la fin dans le processus d’appel d’offres. Ils déterminent les besoins, ils réalisent le mandat et ensuite ils approuvent le travail. Et celui qui paie, il est où dans le processus?
On n’a qu’à penser rapidement aux logiciels libres, à l’agilité dans la gestion de projet, le gouvernement ouvert, les données ouvertes et l’interopérabilité. Sachez que la philosophie qui alimente ces phénomènes est commune. On peut les englober ces derniers dans l’innovation ouverte (« open innovation »).
Les logiciels libres sont maintenus par des collaborateurs bénévoles à travers le monde. Ils évoluent grâce à l’esprit innovant de ses différents créateurs.
Les concepts agiles dans la gestion de projet demandent plus d’implication et de responsabilisation des membres d’une équipe et de la part du client. Aussi, l’innovation en cours de projet est fortement encouragée pour arriver à des résultats extraordinaires.
Le gouvernement ouvert est un concept qui m’est cher et rend davantage l’appareil gouvernemental au service des citoyens. La transparence devient le mot d’ordre et l’état devient un lever à l’innovation de la population.
Les données ouvertes sont la publication automatique des données non nominatives détenues par des services gouvernementaux, municipaux et parfois privés. Ces données rendues disponibles sans barrières sur le web permettent à des programmeurs de bâtir sur ces dernières des applications originales pour les revaloriser autrement.
Ces concepts me sont chers et j’ai décidé d’appuyer financièrement l’événement en le commanditant.
J’ai proposé un sujet assez philosophique lors de mon inscription. J’aimerais amener une discussion sur le concept de « Government as a platform » proposé par Tim O’Reilly dans son livre « Open Government ». J’ai effleuré le sujet dans deux billets récents critiquant les décisions prises par le RTC et Transport Québec (service 511). L’idée derrière ça est que le gouvernement n’a qu’un rôle de facilitateur à l’innovation en mettant ses services informatiques au service de l’industrie et des citoyens. C’est inspiré des autres services que l’état offre déjà pour favoriser l’économie telle que les routes, aéroports, subventions, infrastructures, etc. L’état devrait soutenir en arrière-plan l’économie numérique et éviter d’être un joueur d’avant-plan.
La présidente du Conseil du Trésor a présenté un projet de loi pour améliorer la gouvernance des projets informatiques au gouvernement du Québec. Aussi, ce projet ouvre grand la porte aux logiciels libres au sein de la fonction publique. C’est le virage que plusieurs dans l’industrie attendaient depuis longtemps. C’était le temps de voir ce poste budgétaire colossal rentrer dans l’espace politique.
La gouvernance des projets informatiques éléphantesques
Ce volet du projet loi sert à corriger le tir dans la gestion des mégas-chantiers en informatique au gouvernement. La quasi-totalité (sinon la totalité) des projets de plus de 5 millions dépasse largement leurs budgets initiaux. La ministre a parlé de rapatrier l’expertise au gouvernement et d’effectuer davantage la gestion de projet par des employés de l’état. D’ailleurs, dans un reportage de Pierre Duchesne de Radio-Canada, la ministre avoue que trop de contrats ont été donnés au privé et on nous apprend que trois firmes à 3 lettres, dont CGI, DMR et LGS, qui se partagent la majorité de la tarte de 2,6 milliards en contrats au gouvernement du Québec.
Les technologies doivent être dans les débats de l’Assemblée nationale
Ça fait quelquefois que je répète ça, mais tant et aussi longtemps que la gestion et les dépenses en technologies de l’information sont absentes de l’espace public, rien ne changera. Je me désole de voir les partis de l’opposition qui épluchent des dossiers insignifiants de contrats de construction de garderies à 200 000 $ alors qu’on dépense 2,6 milliards annuellement en catimini. Les projets informatiques sont mentionnés dans la chambre bleue uniquement lorsqu’un dérapage fait la manchette dans les journaux.
Sur Twitter, une personne avait rapporté les paroles d’une critique de l’opposition responsable de ce dossier. Elle disait que les politiciens n’avaient pas à être connaissants en informatique. C’est vrai, mais leur méconnaissance n’excuse pas leur désintérêt à surveiller comment 2,6 milliards sont dépensés annuellement. Occupez-vous de vos affaires. Si vous n’avez pas la compétence de le faire, demandez de l’aide. L’informatique est un enjeu stratégique dans la reddition de services à sa clientèle. Ceci est aussi valable pour l’appareil gouvernemental qu’une entreprise privée. En plus de ça, le gouvernement 2.0 doit être une préoccupation immédiate pour le parti au pouvoir et les partis de l’opposition. Faites une veille minimale dans le monde pour constater qu’un virage a été entrepris par les différents états ailleurs dans le monde. Regardez en avant et cessez de fixer les rétroviseurs!
Mise à jour 2010-12-10 : J’ai ajouté un lien vers l’excellent résumé de Josée Plamondon et j’ai inclus la vidéo du discours de Michelle Courchesne au Salon du logiciel libre du Québec produite par Christian Aubry.