J’habite Québec et les débats ces jours-ci sur la congestion routière sont omniprésents. On assiste à des bras de fer entre les défenseurs des droits individuels qui veulent circuler librement en voiture et les écologistes qui préconisent le développement du transport en commun. Toutefois, ce débat en est un de sourd, car on ignore le véritable problème. Pourquoi exige-t-on encore en 2010 que les employés doivent tous converger à la même heure dans les locaux de l’entreprise? Pourquoi doivent-ils y être cinq jours par semaine? Or, l’accessibilité à l’internet haute vitesse depuis la banlieue de toutes les métropoles est une réalité. Il suffit de s’ouvrir les yeux et vivre de notre époque.
Tout se fait sur ordinateur
La plupart des employés de bureau se rendent dans un cubicule ennuyeux pour travailler sur un poste de travail informatique. Ils se lèvent quelquefois par jour pour se rendre à l’imprimante, au photocopieur, à la machine à café et à la salle de toilette. Ils ont peu de réunions dans la semaine. Ils utilisent le téléphone pour parler à quelqu’un sur le même étage qu’eux ou ils envoient un courriel à un autre moment. Le travail de gestion se fait essentiellement sur ordinateur depuis environ 20 ans.
En ce qui concerne l’employeur, il doit payer du pied carré au centre-ville pour accueillir cet employé à tous les jours pour un quart de travail représentant environ le tiers de la journée horaire (8 h). Pourtant, l’accès internet à large bande est disponible depuis environ 10 ans en banlieue de Québec et Montréal.
Avantages au télétravail
Selon le Telework Research Network, moins de 2 % des travailleurs américains travaillent de la maison (excluant les travailleurs autonomes), mais 40 % des emplois peuvent se faire en télétravail. On peut facilement transposer ces statistiques au Canada et au Québec. Imaginez la réduction possible sur le réseau routier.
Augmente la productivité
Imaginez travailler dans le silence. Lorsqu’on réunit des centaines de personnes au même endroit, le bruit est inévitable.
- Moins d’interruptions
- Meilleure gestion du temps
- Responsabilisation (valorisation)
- Heures flexibles
- Plus d’heures travaillées
Best Buy, IBM et Dow Chemical prétendent que la moyenne de productivité a augmenté de 30 % à 50 %.
Contrôle des coûts
Si chaque nouvel employé travaillait de la maison, on n’aurait qu’à lui fournir un ordinateur et une connexion à internet. Ce sont des coûts minimes contrairement à la gestion des espaces bureaux qui doit être acquis ou louées en lot. C’est sans compter les frais d’acquisition de mobilier, de fournitures de bureau, de ménage, sécurité, assurance, taxes et d’espaces communs (ex. : cafétéria).
- Les 80 000 employés en télétravail chez IBM font économiser 700 millions en coûts immobiliers.
Réduis l’absentéisme
Les employés sont moins stressés, car ils n’ont pas à transiter au travail en plein trafic. Ils peuvent aussi travailler tout de même lors qu’ils sont légèrement malades ou s’ils doivent s’occuper d’un autre qui est malade (enfants). La saison grippale au Québec cause énormément d’absences chaque saison hivernale. L’imposition à l’ensemble des employés de se rendre sur les lieux de travail tous les jours favorise la propagation des maladies contagieuses.
- 78 % des employés qui s’absentent pour maladie ne sont pas réellement malades.
- L’absentéisme représente un coût moyen de 1 800 $ par année par employé
- Le télétravail réduirait de 63 % les absences
Augmente le bassin d’employés potentiels
Plusieurs personnes ne peuvent pas appliquer pour du travail chez certains employeurs pour des raisons logistiques et de transport. Le faible taux de chômage sous les 5 % à Québec, par exemple, réduit considérablement le bassin de candidats potentiels. Il faudra commencer à considérer des personnes qui ne peuvent pas se rendre sur les lieux de travail à tous les jours.
- Personnes dans les régions éloignées
- Handicapés
- Retraités
Aussi, 85 % des employeurs indiquent que le télétravail augmente la rétention de personnel.
Qu’est-ce qui freine l’adoption du télétravail?
Les employeurs ont-ils peur d’ouvrir leur réseau information à distance avec un VPN? Ont-ils un problème de confiance envers leurs propres employés? Craignent-ils du vol de temps?
Le vol de temps
Du vol de temps ça existe déjà dans les locaux de l’employeur. Si un employeur n’encadre pas ses propres employés et ne suit pas son travail, le télétravail accentuera ce problème. C’est un problème de ressources humaines. Mes amis en relations industrielles me disent que les gestionnaires qui ne gèrent pas sont une problématique fréquente. Ce problème de confiance envers sa propre main d’oeuvre en est la preuve.
Embûches à la collaboration et à la cohésion d’équipe
Si on ne se voit pas, on finit par perdre sa chimie d’équipe. C’est entièrement vrai. C’est pour cette raison qu’il faut tout de même organiser des réunions hebdomadaires comme auparavant. Si vous conviez vos employés à 10:00 ou 13:00, ils éviteront le trafic régulier et ne seront pas en retard. Aussi, organisez des activités sociales en dehors du bureau, ça tisse des liens. Ces activités seront populaires, car ils ne voient pas souvent.
Les autres craintes sont reliées au manque de cohésion dans l’équipe. Il serait plus difficile à instaurer une culture d’entreprise si les employés ne sont pas sous le même toit. C’est vrai, mais il existe des moyens pour augmenter le sentiment d’appartenance. Une entreprise 2.0 peut offrir un réseau social de collaboration pour permettre aux employés d’échanger entre eux. Un espace social qui n’est pas exclusivement réservé à des fins professionnelles.
Tout est en place, ouvrons alors nos yeux!
Toutes les conditions sont là pour mettre en place sérieusement le télétravail. Il existe des technologies VPN très sûres. Aussi, l’avènement du « cloud computing » ou l’informatique en nuage entraîne la délocalisation des systèmes informatiques de l’entreprise. Qu’ils soient dans les locaux de l’entreprise ou chez eux, ils accèdent aux systèmes par internet. Ça ne change rien au plan technologique et au niveau de la sécurité informatique.
Ça règle les problèmes de congestion routière et ça réduit le temps perdu à se véhiculer quotidiennement. On réduit les dépenses pour l’employeur et autant pour l’employé. On peut aussi réduire considérablement l’absentéisme, car les employés ne peuvent pas toujours se rendre physiquement au travail. Les imprévus, ça survient parfois. Exiger une présence physique tous les jours exclut beaucoup d’employés potentiels.
Qu’attendez-vous?
Pour en savoir plus
Voici une présentation de Kate Lister dans laquelle j’ai puisé des statistiques :
Aussi :
- Transportation Implications of Telecommuting (U.S. Departement of Transport)
- Telework.gov (Site d’information sur le télétravail au gouvernement fédéral des États-Unis)

