Le chemin concret vers une société numérique

Par : Nicolas Roberge
Publié le : 2012-11-17

L’élite du web s’est réunie pour signer un manifeste pour un État plus numérique. J’applaudis leur intention, leur geste et je partage leur préoccupation. Toutefois, je suis perplexe par les solutions proposées et surtout de la méthode employée.

Le web n’est malheureusement pas LA priorité pour tous

On semble dire qu’il y a un immobilisme intentionnel dans la classe politique alors que le problème est beaucoup plus simple à mon avis. Les partis actuels répondent aux véritables demandes de la population. Demande-t-on dans la rue un parlement ouvert sur le web où l’on peut proposer des idées? Non, pas du tout. Ce sont des illuminés comme moi qui croient que le web devrait être l’obsession collective.

Les citoyens normaux ont des préoccupations de base qui ne sont souvent pas adressées telles que la santé, l’emploi, l’éducation et une place en garderie pour leur enfant. Toutefois, oui, le numérique pourrait aider à résoudre ces problématiques.

Le risque de froisser

Cette lettre ouverte, selon moi, ne sera qu’un coup d’éclat. Son intention est louable, mais son poids médiatique aura l’effet contraire. Alimentés par le cynisme, plusieurs la reprendront maladroitement pour ridiculiser l’analphabétisme numérique des élus et des hauts fonctionnaires. Ces derniers se refermeront davantage. Leur humanité prendra le dessus.

Un changement de garde

On arrivera à des résultats concrets et rapides quand les citoyens numériques deviendront des décideurs. On y est presque. Par exemple, Michael Applebaum était le responsable politique du dossier des données ouvertes à Montréal. Il est devenu maire de la plus grande ville du Québec. Ça vous rassure? D’autres suivront, on y est. Pourquoi pas vous si ça vous interpelle tant?

La société dite numérique doit s’engager davantage en politique. Elle vote (je l’espère), mais elle se plaint des choix offerts sur le bulletin. Quand on veut changer les choses, il faut se mouiller. Pour emprunter l’expression du baseball, il faut aller au bat. Aux dernières élections provinciales, j’ai salué le courage de Mario Asselin, qui est soi-disant l’un des 13 signataires de la lettre, de présenter sa candidature. J’avais qualifié son geste d’ultime d’implication citoyenne. Je le crois toujours.

On ne veut pas le savoir, on veut le voir!

Ce qui m’agace dans ces manifestes publics, c’est l’absence de solutions concrètes et réalisables. L’élite intellectuelle se désole, se félicite pour sa sortie et tout s’estompe rapidement. La raison? Peu de gens comprennent ce qu’elle demande. Il faut des démonstrations tangibles sinon ça n’interpellera personne. Est-ce les problèmes concrets qui préoccupent réellement un grand nombre de citoyens peuvent-ils être adressés par des solutions modernes? Certainement. Prouvez-le! Par exemple, les groupes Montréal Ouvert et Capitale Ouverte avaient organisé des hackathon où des centaines de programmeurs et concepteurs ont créé bénévolement des applications simples et très parlantes. Ceci a amené les villes de Montréal et Québec à joindre le mouvement et les faire cheminer par la suite. Ces événements très pragmatiques ont permis de faire comprendre aux décideurs les plus néophytes la valeur de la démarche. Plusieurs en sont même devenus des ambassadeurs. On n’en demandait pas autant au départ!

On fait quoi maintenant?

Je trouve drôlement inspirant le mouvement Code for America. C’est une initiative de la base (grassroots) qui mobilise les citoyens numériques à donner de leur temps et offrir  leur talent pour aider l’État à moderniser ses services sur le web. Ce type d’initiative est très rassembleur et le message est très positif.

Pitonnons pour le Québec

Je vois quelque chose de similaire qui pourrait faire le tour du Québec. Par exemple, les collèges et universités pourraient intégrer ces concepts dans les travaux pratiques des étudiants (ça s’est déjà fait au Cégep Limoilou). Ça serait d’autant plus valorisant à la remise des travaux, car leur projet serait réellement utile et pourrait avoir une seconde vie après le cours. Je suis certain que le gouvernement du Québec appuierait une initiative pareille.

Je souligne aussi l’initiative Nord Ouvert qui vise à recueillir des dons pour financer des projets web de gouvernance ouverte pour les citoyens.

Aidons notre Québec

Pour terminer, nous devrions aider l’État à avancer et cesser de nous limiter à le critiquer. L’État, c’était nous à l’origine des temps, et ça peut le redevenir. D’ailleurs, un homme célèbre a déjà prononcé les mots suivants bien avant l’Internet, le web, les téléphones mobiles et le WiFi. Elle est toujours d’actualité.

Ask not what your country can do for you, but what you can do for your country.

– John F. Kennedy (1961)