Les données ouvertes : impliquer le citoyen comme autrefois

Par : Nicolas Roberge
Publié le : 2012-11-30

L’article suivant a été publié dans la revue Carrefour à l’automne 2012. Cette revue est distribuée aux membres de la COMAQ qui regroupe plus de 600 gestionnaires municipaux occupant des fonctions cadres au sein de près de 280 municipalités du Québec, touchant ainsi près de 75 % de la population.

Dans l’ancien temps, à défaut d’avoir des services offerts par sa municipalité, les citoyens se retroussaient les manches et adressaient eux-mêmes les problématiques de la vie en communauté. Par exemple, saviez-vous historiquement que les premiers policiers à la Ville de Québec étaient des citoyens bénévoles? La criminalité devenant intolérable, certains se sont improvisés agents de la paix. Les concitoyens se concertaient pour trouver des solutions pour ensuite les appliquer. D’ailleurs, dans la plupart des petites municipalités et villages du Québec, on n’a pas les moyens d’offrir tous les services d’une grande ville. Les citoyens s’arrangent entre eux.

Une municipalité est ni plus ni moins un pacte entre citoyens regroupés pour s’offrir des services en commun. Les services municipaux s’ajoutent au rythme de l’urbanisation. Quand la ville est devenue grande, l’éventail des services la transforme en pourvoyeur où la relation entre elle et le citoyen ressemble à celle d’un fournisseur avec son client. Le client citoyen devient donc exigeant avec sa municipalité et s’attend à un service de qualité. Il paie ses taxes après tout! Reconnaissez-vous cette dynamique? Saviez-vous que l’ouverture des données civiques permet un retour à une relation communautaire qui implique davantage votre municipalité?

Que signifie “données ouvertes” ?

Des données ouvertes sont des informations contenues dans les systèmes informatiques de la ville qui sont exportées dans des fichiers et rendues disponibles en téléchargement sur son site web. Les données ciblées sont de nature publique et excluent tout renseignement confidentiel et personnel. Les données sont celles recueillies et archivées par des systèmes dédiés et provenant des opérations quotidiennes de la municipalité.

Le gouvernement du Canada, les provinces de la Colombie-Britannique et du Québec ont des portails web de données ouvertes. Une vingtaine de villes au Canada ont emboîté le pas et offrent actuellement un large éventail de fichiers de données librement sur le web. Au Québec, les villes de Montréal et Québec se sont déjà laissé tenter par l’aventure.

En quoi ces données peuvent-elles être utiles à d’autres?

Prenons l’exemple d’un système où l’on catalogue des équipements municipaux pour gérer leur calendrier d’entretien. Ces données peuvent paraître banales et sans intérêt pour le public. Détrompez-vous. C’est la liste de tous les équipements que les citoyens peuvent utiliser. En la rendant accessible sur le web, cela permet à quiconque de les découvrir autrement pour en maximiser leur utilisation. En rendant ces informations disponibles en fichier informatique, des cracks en informatique peuvent ainsi les intégrer pour en faire un usage inusité et souvent avant-gardiste.

Par exemple, des étudiants du Cégep Limoilou ont créé le site web ParkMoi qui permet, à partir d’un ordinateur ou d’un téléphone mobile, de trouver des emplacements de stationnement de rue gratuits selon le jour, l’heure et la durée désirée. Pour y arriver, ils ont simplement utilisé le fichier d’entretien des panneaux routiers en bordure de rue mis en place par les services municipaux de la Ville de Québec. Ces étudiants ont simplifié la vie de leurs concitoyens en donnant une seconde vie à des données civiques.

L’époque de l’innovation ouverte

En partageant et en ouvrant les informations qu’on détient, on permet au citoyen de résoudre des problèmes de la vie courante dans la municipalité. Cela permet de l’impliquer dans la résolution de problèmes. L’ouverture des données civiques est un premier pas vers une démarche d’innovation ouverte ou mieux connue sous l’appellation anglaise crowdsourcing.

L’innovation ouverte fait appel à créativité, à l’intelligence et au savoir-faire d’un grand nombre de personnes pour réaliser certaines tâches traditionnellement effectuées soi-même. On implique ses citoyens à trouver des idées et à résoudre les problématiques auxquelles ont fait face.

Par exemple, le phénomène a pris beaucoup d’ampleur dans le logiciel libre où des millions d’informaticiens contribuent bénévolement aux codes sources de programmes informatiques couramment utilisés à travers le monde. Aussi, on n’a qu’à penser à l’encyclopédie en ligne Wikipédia nourrie par plus de 130 000 rédacteurs bénévoles qui a rendu désuètes les encyclopédies en papier d’autrefois.

L’esprit de village 2.0

Les données ouvertes peuvent apparaître, de prime abord, comme un phénomène très technique. C’est avant tout un changement de paradigme dans la relation qu’une ville entretient avec ses citoyens. Elle ouvre son “coffre-fort informatique” à ses citoyens et les invite à créer des applications informatiques novatrices. Elle leur permet ainsi de s’impliquer.

Elle s’expose davantage et elle demande indirectement à ces derniers d’améliorer les services à l’ensemble de la communauté. La démarche citoyenne du futur est en marche…

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